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Un sale quart d’heure de célébrité

Pierre Chédeville , 14 septembre 2014

Autrefois, le délateur, honteux, dénonçait anonymement. Stimulé par les nouveaux moyens de communication, ils s’en donne à cœur joie, bonne conscience et civisme en sus : sortez, les mouchards !

Deux hommes bavardent gaiement dans un train. Ils ne savent pas encore que dans quelques heures leur vie va basculer. En attendant, la quarantaine sémillante, ils égrènent en chuchotant, potaches et insouciants, de croustillantes anecdotes sur leurs secrets d’alcôve. À quelques fauteuils de là, une jeune femme les observe et ne perd rien de ces messes basses viriles entrecoupées de quelques rires égrillards. Ayant remarqué les alliances qui trahissent l’infidélité de nos Casanova occasionnels, elle dégaine un téléphone portable muni d’une caméra et filme discrètement la scène. Quelles sont ses motivations ? Va-t-elle chercher à faire chanter les deux époux volages, comme dans un mauvais polar, ou bien garde-t-elle précieusement sa prise pour amuser les copines les soirs de fête, lorsque débiner joyeusement les hommes relève de la figure imposée, entre deux verres de rosé bio ? Il y a peu encore, l’une ou l’autre banale issue auraient achevé notre petit récit. Mais les temps changent à toute vitesse et notre voyageuse indiscrète, véritable croisée du sexe faible, fomente une tout autre chute. Mauvaise pioche pour ces maris légers dont la conversation, retransmise fièrement sur la page personnelle Facebook de l’apprentie cinéaste, fera se tordre des millions d’Américains dès le lendemain. Tous sauf deux, ou alors très jaune.

Accès à cet article sur le site de Cairn.info (Médium 37-38, Secrets à l’ère numérique)

L’auteur. Membre du comité de lecture de Médium, Pierre Chédeville a une double formation en management et en littérature. Présent dans le monde de l’entreprise, où il est spécialiste du domaine bancaire, il n’a cependant pas cessé de questionner les grands textes pour essayer d’éclairer de manière décalée le monde contemporain.