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Les temps qui viennent : un regard médiologique

Post, néo, trans

par Paul Soriano

Publié le : 1er mai 2021. Modifié le : 3 mai 2021

Trois préfixes, post- (ce qui est dépassé), néo- (ce qui revient), trans- (sans limite) offrent une description assez crédible du monde qui vient..

1) Le post- et le néo- (des fins de… aux retours de…)

Après les « fins de… » (l’histoire, la politique, la nation…) qui ont fait place nette, « on ne croit plus à rien » : le vrai, le juste, le beau, la réalité même sont dévalués. Mais on n’affronte pas le néant (le rien nihiliste), plutôt le trop-plein du n’importe quoi : rien n’est vrai mais tout est vraisemblable, justifiable, esthétisable…

Tout peut faire retour. Retour du religieux mais surtout moralisation puritaine : du politique, de l’histoire, de l’art, de l’entreprise, et même de la technique : les mauvaises (nucléaire, carbone…) s’opposent aux technologies « douces », « soutenables » ou ambivalentes (biogénétique)…

Retour du politique ? Mais quel politique, en régime hégémonique Hégémonique Le régime hégémonique américain se veut apolitique ou post-politique : une gouvernance entend se substituer aux gouvernements ; il est unipolaire, sinon totalitaire : les opposants y sont considérés comme anormaux : délinquants, fous, déséquilibrés ; les dirigeants réfractaires comme des tyrans anachroniques (le tsar Poutine, le sultan Erdogan, l’empereur Xi-Yinpig…) ; une révolte (celles des Gilets jaunes, par exemple) s’y trouve dépouillée de toute dimension politique, pour devenir un simple « mouvement social ». Plus de frontières non plus, tout au plus des « lignes rouges », selon le concept proposé par Jean-Yves Chevalier. A contrario : voir domination. « post-politique » ? Et quels types de leaders ?

Et peut-on prendre ces retours au sérieux ? À propos des bégaiements de l’histoire, Marx parlait déjà de « farce » : parodies, fake (contrefaçons), anachronismes (« et en même temps », c’était mieux avant-hier). Ou bien alors retours… du refoulé, névrotiques : schizo (monde virtuel, simulations, réalité augmentée, hyper-réalité) ; parano (complotisme) ; hystéro (réseaux sociaux).

(2) Le trans- (des frontières aux lignes rouges)

Transgression générale des frontières, territoriales, mais aussi temporelles voire ontologiques, frontières du genre, « trans- » généralisé.

Le sans-frontières, c’est l’illimité. Une dernière limite peut-être : la nature épuisée – à ceci près que la technologie promet son dépassement. Et que la nature elle-même se trouve sous l’emprise du chiffre : une « nature sans qualités » ?
Y a-t-il encore des lignes rouges dans ce monde ? Vers un retour des frontières ? Ou des murs ?

3) Bio-techno : post-, néo-, et trans- … humanisme

Avant de disparaître (?), le bio a légué au techno le virus et la viralité (cf. « le virus produit en laboratoire » des complotistes) ; et le réseau (sans frontières, qui en est un quasi-synonyme). Virus informatique, infodémie, idéodémie (« bulles d’opinion ») à l’image de la pandémie (le post-humain par extermination de l’espèce). D’où les bien nommées biotechnologies…

L’humain se trouve ainsi écrasé entre pré- (le bio) et post- (la techno) sous le signe du virus, du code et des algorithmes. Après la guerre zéro-mort, la guerre zéro-humain (le drone) – côté agresseur, bien entendu…