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Cool

Paul Soriano, 13 octobre 2014

Aucun mot ne saurait mieux dire l’esprit du temps.

Intraduisible en français et même en anglais (d’Angleterre), c’est de l’américain, plus exactement du californien : peut-on être vraiment, totalement cool au Texas ou même dans le Massachusetts ?

Pour les érudits, signalons que le terme vient d’une racine proto-germanique qui signifie « froid », partagée du reste avec le mot cold qui n’est pourtant pas cool.
L’usage comme interjection on adjectif à connotation positive fait partie de l’argot (slang) anglais depuis la Deuxième Guerre Mondiale. A l’origine, le sens est développé à partir de l’anglais des Noirs pour signifier « excellent, superlatif », repéré dans l’anglais écrit dès les années 1930. Les musiciens de jazz qui utilisaient le terme l’ont popularisé dans les années 1940.

Dans les autres langues, la traduction c’est cool et rien d’autre. L’allemand dispose pourtant de kühl (frais), même racine. En vain. Le Français peut dire sympa, à la rigueur, mais le terme date – et vous date aussitôt, moins toutefois que bath. Dans certaines cas, être cool peut se dire en français « être à la coule ». À noter aussi un joli gallicisme : cool, Raoul !

Mais aucun terme ne jouit d’une telle universalité.

Côté synonymes, l’excellent thefreedictionnary.com propose notamment : composed, collected, unruffled, nonchalant, imperturbable, detached… Et précise : ces adjectifs suggèrent l’absence d’excitation ou de confusion chez une personne, particulièrement en état de stress. Cool implique d’ordinaire un haut degré de self-control, mais peut aussi désigner une attitude distante. Référence : “Un ennemi honnête est souvent un meilleur compagnon qu’un ami cool” prévient l’écrivain écossais John Stuart Blackie [1]. (1809-1895).

Il n’en demeure pas moins que cool l’a emporté sur tous ses quasi-synonymes, anciens et nouveaux. Y compris les formes exacerbées, tel babacool. Peut-être, précisément, du fait de son imprécision, qui l’apparente à une pur onomatopée (comme wouah !).

Au-delà de la mode, puisqu’il dure, et il dure parce qu’il s’adapte.

De nos jours en effet, cool peut désigner des notions opposées. Pour un enfant, c’est ce qui fait beaucoup de bruit, pour un adolescent quelque chose d’agressif, de violent… Tout ce qui agace les parents et que ceux-ci ne trouvent pas du tout cool.

À défaut d’une définition positive, on se tourne vers le négatif : qu’est-ce qui n’est pas cool¸ durablement ? Mais ça ne marche pas très bien non plus. Le moins cool est susceptible de le devenir, selon les circonstances. Un pré-ado confronté à un mot savant comme « épistémologie » peut parfaitement s’écrier : « cool, ce mot ! » [2], et passer à autre chose.

Les circonstances, tout est là. À une époque qui tend à s’affranchir des attributs et contraintes de l’identité reçue et présumée permanente (le genre, par exemple), les notions et les mots qui les identifient ne sont pas épargnés. Le sans-frontière bouleverse aussi l’ontologie (cool, ce mot !).

Les circonstances, tout est là. À une époque qui tend à s’affranchir des attributs et contraintes de l’identité reçue et présumée permanente (le genre, par exemple), les notions et les mots qui les identifient ne sont pas épargnés. Le sans-frontière bouleverse aussi l’ontologie (cool, ce mot !).

L’exotique est cool, y compris les mots savants. Il y a quelque chose de cool chez le Taliban, ne serait-ce que son look et ses fringues.

En définitive, le non-cool, c’est simplement quelqu’un ou quelque chose qui fait obstacle à une envie (« désir » serait un peu excessif), ici et maintenant.

Cool, c’est à peu près n’importe quoi. Et c’est ça qui est cool, justement.

Référence : Cool Revolution.

Notes

[1“An honest hater is often a better fellow than a cool friend”.

[2Expérience vécue par l’auteur.