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Médium 55 : sommaire

Le code et la chair

La Rédaction , 27 mars 2018

Le précédent numéro de notre revue ciblait le principal médium d’accès au monde numérique, le smartphone. Le présent numéro entreprend d’explorer ce monde encore étrange et déjà familier.

Réchauffement climatique, par Régis Debray

Les avancées tout-terrain du virtuel n’ont pas fait reculer notre appétence de charnel. Bien au contraire : à la croissante dématérialisation des signes, répond une demande d’incarnation en hausse, dans le domaine des idées comme des institutions. Ce paradoxe fait partie d’un moment spirituel plus large, à inscrire dans une respiration civilisationnelle.

M’as-tu vu ? par Philippe Guibert

Le selfie offre à tout un chacun ce qui fut naguère le privilège des stars : être vu. Tous des stars, et tous paparazzis. Mais les stars vieillissent, hélas. Aussi la technique promet-elle davantage : tout un chacun démiurge de son propre corps pour en prolonger l’existence, indéfiniment.

Le selfie au musée, par Pierre Murat

Dans un monde de simulacres, une réplique technologique des grottes de Lascaux et Chauvet vaut pour l’original désormais interdit à la vue. On ne s’étonnera pas que des selfies puissent valoir autoportrait, œuvres dignes du musée.

Body building, par Paul Soriano

Impossible de définir le corps en tant que tel, toujours pris dans ses relations avec autre chose, l’âme en particulier… Ce qu’on ne peut pas dire, vaut-il mieux alors le montrer ? Ou bien se demander à quoi il sert, d’où il vient, comment et par qui il est fabriqué. In vivo ou in vitro ?

Éducation peu physique, par Alain Pinault

Le sport est partout désormais. Sauf dans le cours d’Éducation physique et sportive, de moins en moins sportive et de plus en plus sociale, le corps physique occulté par la pédagogie, l’éthique, l’art, la thérapie…

Tendance danse, par Daniel Bougnoux

Le spectacle vivant met en scène des corps : ne vous étonnez pas qu’ils dansent, c’est leur tendance. Le Verbe n’a rien à y perdre, bien au contraire, le voilà par le corps animé… Se mouvoir, émouvoir, un pas de deux.

Mesure sans mesure, par Karine Douplitzky

« L’homme est la mesure de toutes choses, de celles qui existent et de leur nature ; de celles qui ne sont pas et de l’explication de leur non-existence » (Protagoras). Près de vingt-cinq siècles plus tard, l’assertion méritait d’être actualisée : quid du corps étalon à l’ère du code ?

Le numérique à contre-sens, par Jean-Yves Chevalier

Le numérique reproduit des images et des sons « fidèles » mais ne permet ni de sentir, ni de goûter ni de toucher ; notre mémoire est tout aussi sélective. La littérature témoigne de l’appauvrissement du monde sensible par nos représentations, cérébrales ou numériques.

Tatouage à tout âge, par Alain Pinault

« Vous ne ferez pas d’incisions dans votre chair pour un mort et vous ne vous ferez pas de tatouage. » Lévitique 19.28, La Nouvelle Bible Segond.

Une transparence en trompe l’œil, par Jacques Billard

À l’origine dirigée contre un pouvoir tyrannique et secret, l’exigence de « transparence » est désormais requise de tout un chacun. Et chacun de nourrir allègrement avec ses « données » un système qui entend tout savoir pour mieux le servir et l’asservir. En toute opacité.

Révolutions, par Thierry Aoudja

Chasseurs-cueilleurs d’informations, organisés en tribus nomades, artisans minutieux vivant de troc et de dons, philosophes à mi-temps s’exprimant souvent en idéogrammes. La préhistoire ? Non, le portrait-robot des habitants de la société numérique.

Babel numérisée, par Michel Melot

De la bibliothèque, conservatoire des œuvres déjà écrites, à la bibliothèque « virtuelle » de tous les livres possibles. Du verbe au code, au-delà des signes, l’utopie d’une numérisation universelle s’attaque aux sensations, et aux objets qui les affectent. Le chiffre, essence même de la réalité ?

La servitude algorithmique, par Bruno Lavillatte

Les algorithmes font de chaque internaute réduit au calcul de ses données, à la fois un détenu dans son profil et dans sa bulle, et le surveillant zélé de soi-même et des autres. Une éthique algorithmique, en somme, sous le contrôle d’un panoptique invisible.

L’Empire du rien, par Pierre Chédeville

Le corps repu, l’âme s’étiole. L’Union européenne a « commencé par l’économie », elle s’y achève. La paix perpétuelle vaut mieux que la guerre toujours recommencée, le parc de loisirs mieux que le champ de bataille où s’affrontaient les empires du mal. Mais les orages apaisés nous laissent démunis, sous un ciel de plomb.