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16. Médium 16-17

Médium 16-17 « L’argent maître »

Juillet-décembre 2008

par La Rédaction

Publié le : 29 novembre 2015

L’argent, ce bien dont la seule valeur d’usage est sa valeur d’échange dépersonnalise le rapport que nous entretenons avec les choses et, via les choses changées en marchandises, notre relation avec les autres. Donnant, donnant.

Ce faisant, l’argent libère en quelque sorte la propriété, avant de la donner à consommer. Que fait alors l’argent à la liberté, à l’égalité, au lien social… ? S’il consent à servir différents maîtres, l’argent ne se laisse lui-même jamais parfaitement maîtriser.

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Ouverture

Hiérarchie des valeurs et des ordres jusqu’à l’époque moderne : d’abord les prêtres, puis les rois-guerriers, puis les marchands au bas de l’échelle - quant au négoce de l’argent, il faudrait descendre jusqu’aux intouchables pour en trouver trace ! Hiérarchie flatteuse pour l’espèce : de l’économique au spirituel, on grimpe du moins au plus humain. Aussi sophistiqués soient-ils, les systèmes économiques ne servent que des appétits communs à la plupart des animaux et, parmi eux, l’animal politique reste asservi aux instincts de domination et aux comportements de meute. Seul le spirituel, pour ne pas dire le religieux, nous appartient en propre. Hélas, les trois ordres, bien rangés dans la théorie s’interpénètrent dans la pratique, au risque de grandes confusions et de maux plus redoutables : le pouvoir enrichit, les papes négocient des indulgences, les différends religieux se règlent manu militari, les marchands achètent les cardinaux et les hommes d’État…

1,17 euro
par Régis Debray

Suite du pense-bête d’un médiologue zigzaguant, nez au vent, à travers images, lectures, faits divers et rencontres.

Bon serviteur et mauvais maître

par Paul Soriano

L’identité ? Un profil marketing. L’imaginaire ? Une histoire de marques. L’existence ? Une traque balisée par la relation-client. Les moyens de production ? Un instrument de spéculation. Le réseau ? Un dispositif de conversion du désir en argent numérique. Si ce monde redessiné par les argentiers vous agrée, n’allez pas plus loin, vous êtes arrivés… Sinon, inspiré par la révolte ou la ruse selon votre tempérament, poursuivez : il est peut-être encore temps de retourner ces armes.

Omniprésence

Plaidoyer pour l’argent

par Charles-Henri Filippi

Depuis la parabole du chameau et du chas d’aiguille, diaboliser l’argent relève de l’ethos catholique. Les pionniers des Lumières y ont plutôt vu un formidable levier de modernité. Il médiatise la violence, agilise l’engourdi, désamorce les passions politiques, invente la prévoyance et la foi dans l’avenir. Avant d’en critiquer les méfaits, au stade actuel de son développement, rappelons succinctement, par un survol historique, sa fonction émancipatrice.

Du monothéisme comme monopole

par Philippe Simonnot

De la religion, chose sociale s’il en est, la sociologie naissante avait fait son miel. Et voici que l’économie s’empare des « biens de croyance », auxquels peuvent s’appliquer de plein fouet des catégories qui ont fait leurs preuves ailleurs : consommateurs, fournisseurs, concurrence, prix moyens, monopole. Toute société disposant d’un surplus dévolu aux dons, cette part bénie constituerait un gisement exploitable par tous les producteurs de croyances infalsifiables. La religion, objet, agent, acteur majeur de l’économie ?

De l’or à l’art

par Michel Melot

Consanguins sont les circuits de l’art et de l’argent. Chacun sait que le premier fleurit là où le second prospère. Moins connu est le rôle crucial joué par la monnaie et le franc-or dans le passage, au XIVe siècle, de l’objet de culte à l’objet d’art, de l’invendable hostie au tableau négociable. Ne nous étonnons pas de voir, aujourd’hui, l’art et la monnaie perdre en même temps leur support matériel.

Flaubert : entre l’usure et la saisie

par Jacques Lecarme

L’art pour l’art, ou l’art contre l’argent ? Assez riche pour ignorer superbement la contrainte commerciale, Flaubert connaîtra, dans ses dix dernières années, l’humiliation de la ruine et de la faillite. Mais dès ses premiers romans, les pièges de l’endettement et de l’usure se referment sur ses héros. La saisie, forme administrative de la ruine, répand terreur et pitié. Cet imaginaire hante tout le roman du XIXe siècle, chez Balzac, Zola, Léon Bloy : l’argent renouvelle la tragédie grecque.

Numérique

Les nouvelles technologies ont fait au capitalisme un enfant terrible : l’hyperfinance.

1929-2009

par François Lenglet

Il y a comme un écho entre la crise financière de 29 et celle d’aujourd’hui. Au passage en masse à l’électricité répond le passage en masse à l’électronique. Comme si chaque médiasphère technique, chaque seuil de mondialisation, suscitaient une crise du tout libéral, et son rebond logique : un besoin renouvelé de régulation.

Excel : les matrices de l’argent

par Pierre d’Huy

Quand on lui montre le tableau des chiffres de l’argent, l’imbécile regarde le tableur. Le médiologue aussi. Les tableurs assurent aujourd’hui le traitement automatisé de la finance. Microsoft définit Excel, le plus utilisé d’entre eux, comme un programme capable de « transformer des données en informations avec des outils performants pour analyser, communiquer et partager les résultats ». Tout se joue dans la confusion des trois fonctions du tableur : fonction mémoire d’enregistrement comptable de l’argent ; fonction analyse d’instrument économique synthétique ; fonction transformation de chiffres en information, puissant outil de communication financière. Analyse.

L’hypermonnaie

par Marc Guillaume

En économiste éclairé par les autres disciplines qui affrontent l’argent, Marc Guillaume se fait aussi médiologue pour montrer qu’une innovation technique, la puissance de l’informatique étendue à l’argent-signe, affecte bientôt les relations sociales. Appliquée aux jeux de calcul du « casino financier mondial », l’hypermonnaie le fait accéder à l’autonomie, tout en préservant la passion éternelle du capitalisme…

De l’électrum à l’électron

par François-Bernard Huyghe

Pour remplir ses fonctions - mesurer, thésauriser, échanger - la monnaie doit avertir clairement de ce qu’elle garantit ou représente, mais aussi persuader que certaines de ses composantes doivent rester secrètes.

Retour au réel

par Jean-Paul Tchang

Après les diagnostics et les pronostics, la « crise » appelle des remèdes. Jean-Paul Tchang en recommande un, le plus simple et le plus radical qui soit : en finir avec l’empilement d’abstractions que d’impuissantes bureaucraties assistées par ordinateur accumulent à défaut de les maîtriser. Salutaire cure de réalisme.

Démonétiser l’identité numérique

par Michel Arnaud

De tous les « biens informationnels », les données qui décrivent notre identité, nos opinions, nos affinités, sont les plus précieux. À nos yeux, bien sûr, mais aux yeux des marchands qui nous traquent aussi. Michel Arnaud explique comment soustraire notre identité numérique à l’indiscrétion commerciale, tout en ménageant la possibilité d’un usage social maîtrisé.

Société

L’argent maître… Quelles nouvelles contraintes sur votre activité ? Quels nouveaux horizons ?

Quelles réformes possibles ? Trois questions posées à…

Christian Baudelot - Alain Corneau - Teresa Cremisi - Jean-Paul Escande -

Charles-Henri Filippi - Jean-François Kahn - Henri de Maublanc -

Jean-Robert Pitte - Michel Platini - Yazid Sabeg - Henri Weber.

Ruses et résistances

Briseurs de code

par Jean Matouk

C’est au code informatique que s’en prend le « hacker ». Mais, ce faisant, il se rattache à une longue tradition de luttes sociales aux prises avec les codes imposés en leur temps par les générations successives de propriétaires. Voici dessiné pour nous l’arbre généalogique de ces nouveaux Mandrin.

L’argent du torero

par Francis Marmande

Certains brûlent l’argent comme ils brûlent leur vie. Jazzmen, toreros, saltimbanques… Ça change la donne.

Le prix du gratuit

par Karine Douplitzky

« There is no such thing as a free meal ». Derrière la rhétorique du gratuit, se cachent de nouvelles stratégies commerciales, qu’il importe de savoir décoder.

Le dollar et la grâce

par Pierre-Antoine Berhneim

L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme entretiennent aux États-Unis des rapports plus subtils et complexes que ne le croit le lecteur pressé de Max Weber. Pierre-Antoine Bernheim en explore quelques arcanes.

La crise : imprudence et avidité

par Jean-Luc Gréau

La crise qui se dessine depuis le mois d’octobre 2005 est bien plus qu’un accident de parcours inhérent à cette activité à risques qu’est la finance. Elle signe la faillite d’une configuration capitaliste que les financiers ont développée avec la complicité de banquiers centraux et la bénédiction des politiques.

On liquide

par Daniel Bougnoux

Tirant leur crédit de la monnaie et des mots généralement acceptés, flux d’argent et flots de paroles circulent, s’accumulent et font aussi bouger les personnes et les choses. Dans la famille Gide, l’oncle Charles et le neveu André incarnent assez bien la rencontre entre la valeur et le sens. Daniel Bougnoux convie Jean-Joseph Goux à nous faire découvrir comment Balzac, Valéry, Gide, Jules Romains et quelques autres rendent compte des métamorphoses de la valeur, du solidus d’or à la plus extrême liquidité.

Un concept

La monnaie

par Paul Soriano

Georg Simmel (1858-1918) a publié au tout début du XXe siècle une Philosophie de l’argent qui nous en propose cette définition : l’argent est un bien sans qualité, sans autre qualité que sa quantité… Les autres biens de ce monde présentent des qualités qui en déterminent la valeur d’usage et les attachent à un besoin particulier, à des préférences subjectives, etc. L’argent, lui, n’a d’autre valeur d’usage que sa valeur d’échange ; il permet d’acquérir des marchandises de plus en plus nombreuses et diverses, à mesure que se déploie l’économie monétaire.

Bonjour l’ancêtre

Proudhon, un révolutionnaire à la Bourse

par Robert Damien

Qui se souvient que le socialiste français est l’auteur d’un Manuel du spéculateur (1853) ? Son propos : non pas détruire mais « républicaniser la Bourse ». L’économie sociale comme le micro-crédit contemporain ont sans doute une dette envers le Franc-Comtois qui créa, dès 1849, une banque mutualiste du peuple…

Salut l’artiste

Matthieu Laurette, hacker

par Françoise Gaillard

Imaginez que vous entriez dans une vaste pièce aux murs recouverts de ces bons de couleurs criardes qui, dans les grandes surfaces, vous promettent le remboursement du premier achat d’un pack de yaourts ou d’un liquide à vaisselle. Quelques empilements de produits d’utilisation courante, des coupures de presse, des photos d’un homme jeune sans signes distinctifs complètent le décor. Vous vous demanderiez si, commettant une erreur d’aiguillage, vous vous êtes égaré dans l’un des salons annuels de la grande distribution. Que nenni ! Vous êtes bien dans un centre d’art contemporain. Et ce que vous voyez n’est autre qu’une installation conçue spécialement pour l’exposition présentée au palais de Tokyo en 2006, intitulée Notre histoire.

Symptômes

Marcel Proust et la banque par Pierre Chédeville

Cendrillon par Daniel Bougnoux

Le krach des cracks par Pierre-Antoine Bernheim

Précarité par France Renucci

La copro par Antoine Perraud

Un lapsus nommé euro par Régis Debray

Recto, une ogive. Verso, un pont. Fenêtres et portails = l’esprit d’ouverture. Arches et ponts = bonne communication. 20 euros, un vitrail, un aqueduc. 10 euros, un portail roman, un pont de pierre… 100 euros, un vestibule, un viaduc.

Dictionnaire des idées revues

Par Paul Soriano

Lorsque Serge Gainsbourg brûle devant les caméras un billet de 500 francs, l’émotion que soulève sont geste s’explique par le fait qu’il porte ainsi atteinte non seulement à son argent (ce qui est son droit) mais aussi à notre monnaie (ce qui est répréhensible)…