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Médium 56

Qui croire ?

La Rédaction , 21 mai 2018

Les crises de civilisation sont en général des crises de confiance. Dans notre cas d’espèce, il s’agit d’une crise de surproduction, à quoi contribue dangereusement, l’actuelle révolution numérique.

De là l’opportunité de passer au peigne fin médiologique le foisonnement des vraisemblances, où, pour notre plus grande confusion, de nouvelles autorités algorithmiques se mêlent à de nouvelles impostures sociales et politiques.

Dans quel but, cet examen ?

Pour mieux discerner quel nouveau sens commun extraire de ce maelstrom. Quel partage opérer entre principe de précaution et nécessité de faire confiance ?

En d’autres termes, que pourrait être à l’avenir, pour nos croyances, un espace de jeu tant soit peu raisonnable ?

Sommaire

Les infortunes de la vérité

Paul Soriano : In medio veritas

Subordonnée à l’information, la vérité subit en milieu numérique un traitement de choc. Elle ne s’enracine plus, elle pullule, circule et coagule, se manipule et se calcule.

Françoise Gaillard : De l’effectif à l’affectif

La grande victime de l’ère de l’information, c’est la vérité mortellement touchée dans son organe vital, la preuve. Et avec elle, ce qui la constitue : le « fait ». Au profit de l’affect.

Hocine Rahli : Foucault médiologue ?

L’archéologie foucaldienne explore les « ordres du discours », en traversant les âges et les disciplines. Cette volonté de savoir ce qu’il en est du savoir et de ce qu’il détermine, interdit ou motive, rejoint la démarche médiologique : comment ça marche, et comment ça fait marcher ?

Jean-Rémi Gratadour : Le paradoxe de Turing

A la question banale « les machines peuvent-elles penser ? », Turing substitue celle-ci, plus retorse : une machine peut-elle se faire passer pour un être humain ? En d’autres termes : peut-elle le tromper  ?

Les techniques du faire-croire

Régis Debray : CQFD

Il n’y a pas de jeu à somme nulle entre raison et croyance. Les gens les plus insoupçonnables… La preuve par la pittoresque affaire des « avions renifleurs ».

Monique Sicard : Moulins à vent

On associe volontiers le complotisme aux plus noirs desseins, ou bien à la paranoïa. En milieu scientifique, c’est plutôt la candeur qui conduit d’authentiques savants à déraisonner, dans un milieu enclin à remettre en cause les vérités reçues.

Philippe Guibert : La guerre du vrai n’aura pas lieu

La désignation de l’ennemi va de pair avec la croyance en sa malignité. En guerre, le politique retrouve une autorité perdue dans les affaires intérieures, où il subit le joug des autres pouvoirs. Car nous avons besoin de nous rappeler que nous incarnons le Bien.

François-Bernard Huyghe : Retour de la censure

Naguère, les despotes tentaient sans grand succès de museler Internet. Depuis, ils ont appris à s’en servir. Aussi, face au déferlement des fakes news et autres mauvaises manières, les opérateurs du réseau sont sollicités pour y défendre les bonnes mœurs et la vérité.

Nouveaux leurres

Antoine Perraud : Le participatif

Les médias participatifs au service de la libre expression démocratique ? Les retours d’expérience sont un peu décevants… Comme la mauvaise monnaie chasse la bonne, invectives et provocations bannissent la délibération.

Clara Schmelck : Le clash

La télévision a consacré le spectacle du duel politique. Le réseau social, devenant paradoxalement l’espace de l’insociable sociabilité, tue la dispute : les dispositifs du dialogue sur Facebook et sur Twitter ne permettent pas d’assurer à la discussion une progression dialectique.

Nathan Naccache : French touch.

L’originalité d’une œuvre évoque une origine qui lui est étrangère et lui sert de modèle ; ce qu’elle lui ajoute est superficiel, une « touche d’originalité ». La french touch est vendeuse, mais elle trahit, jusque dans la langue qui l’exprime, une subordination.

Pour mémoire

Jacques Billard : Inguérissable croyance

On ne choisit pas de croire ou de ne pas croire. On ne choisit pas non plus ce à quoi on croit. Encore moins décide-t-on de croire.

France Renucci : le mentir-vrai à l’américaine

La fiction nous invite à lire et relire le monde et son nouveau mantra : la transparence. Elle nous en dévoile les dangers, mais souligne aussi combien le secret était l’instrument d’un ordre oppresseur.

Jacques Lecarme : Flaubert, Satan et nous

« Pour que de la matière ait tant de pouvoir, il faut qu’elle contienne un esprit. L’âme des dieux est attachée à ses images... Ceux qui ont la beauté des apparences peuvent séduire. Mais les autres … qui sont abjects ou terribles, comment y croire ?... »

A paraître début juillet 2018.