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Europe

Petits arrangements entre amis

Mariages et divorces à l’italienne

La Rédaction , 29 mai 2018

A l’été 2011, la montée des taux de refinancement de la dette italienne a conduit la BCE a racheter massivement ses titres sur les marchés secondaires.

« En contrepartie, Jean-Claude Trichet et Mario Draghi ont envoyé une lettre à Silvio Berlusconi, alors chef du gouvernement italien, qui détaillait de manière précise les réformes à mener, ainsi que la façon dont les autorités devaient les adopter, par décret gouvernemental plutôt que par voie parlementaire[11] .
« Par la suite, certaines réformes demandées ont été remises en question lors des dernières phases du processus législatif en octobre 2011, ce qui a amené les dirigeants de la BCE à estimer que les termes de la conditionnalité n’étaient pas remplis. Quand le gouvernement de Silvio Berlusconi a été fragilisé par la montée des taux d’intérêt de la dette souveraine le 7 novembre 2011, les banquiers centraux ont alors stoppé le rachat des titres italiens. Cette décision a eu pour effet de renforcer les pressions sur le chef de gouvernement qui a annoncé sa démission le jour même pour être remplacé par Mario Monti. L’utilisation de ses instruments monétaires en temps de crise a ainsi permis à la BCE de participer au rem- placement d’un dirigeant élu par un technocrate dont le profil pouvait contribuer à la stabilisation de la valeur de la dette italienne et au renouvellement des liens de confiance avec les autorités de l’UEM. »

[11]. Le contenu de cette lettre a été rendu public par le Corriere della Sera, événement rare et de ce fait non prévu par les banquiers centraux.

Source : Clément Fontan, « La BCE dans la crise : Qui décide quoi ? », Revue Pouvoirs (Le Seuil), « La gouvernance européenne », 2014/2 (n° 149).

Sept ans après : divorce à l’italienne, « les marchés finissent toujours par avoir le dernier mot »

Divorce à l’italienne. D’un côté, les marchés, leur toute puissance, leurs agents comme le président italien Sergio Mattarella, qui vient d’écarter le candidat Premier ministre de la coalition extrémiste majoritaire au Parlement pour lui substituer un ancien dirigeant du FMI. De l’autre, le peuple, outragé, pris en otage, qui n’aura de cesse de reconduire encore plus puissante l’improbable coalition Ligue-M5S lors des prochaines législatives prévue au plus tard pour début 2019. Tels sont les termes du « débat » qui agite aujourd’hui une Italie aux prises avec l’une des pires crises politiques de son histoire, excepté l’épisode mussolinien. Pendant ce temps, la bourse de Milan s’écroule, les taux obligataires italiens remontent, les actions des banques dégringolent et les capitaux s’enfuient... Les marchés finissent toujours par avoir le dernier mot. (Les Échos, newsletter, 28/5/2018).

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