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Médium 20-21. Première partie.

Nous : 1. Nouages

La Rédaction, 14 novembre 2015

Abordons la question par le lourd, le vaste, le durable, l’institué : les colonnes du Temple. De bas en haut, du grégaire animal à l’ordre religieux, de l’amour cellulaire au parti totalitaire, l’esprit de corps a noué des communautés qui ont su résister au temps – et donne sa signature à une civilisation. Voici, pour ainsi dire, des nous premiers.

Nous les poissons, par Pierre d’Huy

Commençons par l’observation des grégaires intermittents. Pour s’ouvrir à quatre questions. Qu’est-ce qui lie et délie le groupe ? Qu’est-ce que l’individu gagne et perd avec lui ? Comment l’individu se fait-il accepter et se maintient-il en groupe ? Qui le dirige ? Tentons l’aventure.
Dans la nature, les premiers animaux qui viennent à l’esprit quand on parle de groupe sont les célèbres grégaires qui vivent en colonies sociales stables, comme les abeilles, les fourmis ou les termites. Dès 1911, on les nomme superorganismes. Ils sont très interdépendants et rigoureusement organisés en castes spécialisées. Ils sont capables de communiquer entre eux de façon très efficace, comme l’a démontré Karl von Frisch, colauréat du prix Nobel de physiologie ou médecine 1973, avec le décryptage de la danse des abeilles. Mais nous nous détournerons de ce type de groupe afin de nous concentrer sur ceux qui sont constitués d’individus passant la majeure partie de leur existence solitairement. Ils restent dans l’absolu toujours indépendants, mais choisissent à certaines périodes de leur vie d’adhérer au groupe. Ils constituent la norme, puisque près de 80 % des animaux se regroupent avec leurs contemporains pour une raison ou pour une autre à une certaine période de leur vie. Historiquement, les premières études sur les animaux grégaires furent lancées pour des raisons pratiques. Les plaies, principalement les insectes migrateurs, et les proies, comme les bancs de poissons ou la migrations des vols de pigeons. Cela explique leur précocité. Le criquet migrateur, Schistocera gregaria, fut ainsi étudié dès les années 20 par Boris Uvarov après les catastrophes qu’il infligea aux moissons en Ukraine. Il put démontrer que le criquet pèlerin vit seul jusqu’à une certaine densité et une certaine saison. Il en va de même pour certains poissons, pour certains oiseaux. (...).