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Médium 54

Le siècle du smartphone

La Rédaction, 28 janvier 2018. Modifié le : 22 juillet 2019

Notre dernier numéro, Nouveaux pouvoirs, nouvelles servitudes (n°52-53), évoquait les effets de la révolution numérique sur les figures de l’autorité dans l’espace public, tant politique que journalistique.

Nous poursuivons cette enquête en tournant maintenant nos projecteurs sur l’instrument quotidien de cette révolution, à la fois technologique et culturelle : le smartphone.

Couverture Médium 54

Petite cause, grands effets. En vain cherchera- t-on, dans l’histoire longue des outillages, un objet aussi menu qui ait produit un tel changement dans l’économie psychique des sujets humains, comme dans nos usages et procédures, à une échelle planétaire et dans un aussi court laps de temps.

Obéissant à la règle selon laquelle plus un médium est performant plus il se fait invisible, son omniprésence a fait de cette prothèse un organe si naturel qu’il en devient anodin. C’est là une raison plus, à nos yeux de médiologues, pour y voir un mystère considérable dont l’élucidation s’avère impérative pour comprendre l’originalité de notre siècle.

Le smartphone-sphinx nous pose des questions essentielles concernant la vérité, l’intelligence, la croyance, l’espace et le temps. Les auteurs qui suivent ont tenté d’y répondre, chacun avec son angle de vue. Ce dialogue indispensable entre le matériel et le spirituel continuera dans le prochain numéro, où seront interrogées les relations éminemment paradoxales unissant l’arrivée triomphale des algorithmes et le grand réveil des corps.

Sommaire

Entrée en scène, par Karine Douplitzky
Chacune des apparitions du divin enfant, aujourd’hui âgé de dix ans, est une liturgie, baptisée keynotes. Leur enchaînement raconte une histoire simple, un peu trop simple, celle d’Apple, dont Steve Job, aura été l’évangéliste.

Tous rois, par Pierre-Marc de Biasi
Il tient dans le creux de la main. Comme le silex d’homo sapiens, l’outil de notre premier affranchissement. Et comme le sceptre d’homo numericus, qui fait de chaque spécimen un roi avec divertissement. Petite phénoménologie d’un médiateur semi-matériel semi-spirituel.

Une technogenèse, par Jacques Billard
Un miracle ? Oui, mais produit d’une suite de menus et décisifs déplacements. Sous la disruption une continuité.

Tous pasteurs, par Philippe Guibert
A l’administration catholique de l’information verticale et centralisée, succède une gestion protestante qui fait de chaque détenteur de smartphone un pasteur. La seconde Réforme de l’Occident.

Au rythme des algorithmes, par Romain Pigenel
Le smartphone a profané le mystère musical par la mise à disposition, l’accès à la connaissance, le live. Qui sont les nouveaux maîtres de musique ?

Du phone au scope, par Monique Sicard
Nul n’avait anticipé les usages du smartphone. Le nom même de l’appareil témoigne de cette imprévision. Intelligent (smart) sans doute, mais si peu « téléphone », désormais. On fait bien d’autres choses avec un smartphone, à commencer par des selfies. Smartscope ?

Tweeter la guerre, par Antoine Perraud
Tout fout le camp : la guerre ne se déclare plus dans les formes du casus belli, elle est devenue simple comme un coup de fil et bientôt comme un tweet.

Des ados en quête de visibilité, par Clara Schmelck
Les nouveaux usages du smartphone ont modifié les conditions de la reconnaissance sociale. Chez les ados, les « millenials », elle est moins fondée sur les apparences que l’on donne de soi que sur la visibilité mesurée par les réseaux sociaux.

Le code des émotions, par Christian Cavaillé
Avec le smartphone, nos émotions ont trouvé leur langage : la gamme des émoticones. Un paradoxe de plus, propre à l’hypermodernité : le retour du pictogramme dans l’univers alphabétique.

Le temps digital de l’entreprise, par Catherine Malaval
Être « moderne », de nos jours, c’est être démodé. Ringardisé. Postmoderne ne vaut guère mieux. Comment alors une entreprise peut-elle être de son temps et même un peu en avance, et surtout durer ?

Le temps brisé, par Régis Debray
Changement de siècle, changement de tempo. La mutation numérique, sensible dans nos façons de vivre et de sentir le présent, se reflète aussi dans notre appréhension du passé, comme en témoigne un ouvrage d’histoire à succès : L’Histoire mondiale de la France.

Mauvaise humeur, par Michel Erman
Le smartphone a engendré de nouveaux comportements. Entre autres, la phobie du smartphone : propos d’un réfractaire.

Humain trop humain, par Paul Soriano
Le mot « digital » change de sens de part et d’autre d’un écran de smartphone. Côté usager, il désigne les doigts, de l’autre côté, il définit le numérique. Cherchez l’erreur… Il est temps que l’homme cesse de parasiter la technique.

Hommage à Louise Merzeau et Robert Damien