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Médium 32-33 « Copies, modes d’emploi »

Juillet-décembre 2012

par La Rédaction

Publié le : 19 juillet 2012

L’évolution des moyens techniques scande l’histoire de la culture. De la copie manuscrite à la reproduction mécanique des textes, de la peinture à la gravure, de la photographie au disque et du microfilm au microprocesseur, chaque âge technologique perfectionne la qualité et amplifie le nombre de copies.

Ce qui modifie peu à peu le rapport de l’un au multiple, et valorise l’original à mesure que se répandent ses avatars. (Médiologie de la copie , par Louise Merzeau et Régis Debray).

Sommaire

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Raison et déraison du droit d’auteur
par Maryvonne de Saint Pulgent

La définition classique de l’œuvre protégée par le droit d’auteur repose sur un critère central, celui de l’originalité, entendue au sens objectif du terme : l’œuvre originale est celle où l’auteur se reconnaît. L’œuvre existe en revanche même si elle ne peut être qualifiée d’originale au sens subjectif du terme, autrement dit novatrice, et même si elle ne satisfait pas le principal critère d’excellence dans l’art moderne.

L’éditeur et la copie numérique
par Antoine Gallimard

Aujourd’hui, il s’agit d’appréhender les nouveaux usages de la copie et leurs impacts sur le métier d’éditeur. La séquence pourrait paraître inquiétante si l’on en venait à privilégier, dans le rôle de l’éditeur, sa fonction de « copiste », c’est-à-dire de régulateur commercial de la production et de la circulation des œuvres, en laissant dans l’ombre la part culturelle, « créative » et « prescriptive », qui la sous-tend.

La communion des saints
par Jean-François Colosimo

Si la modernité a procédé par la sécularisation du dogme, la postmodernité, qui voit le fond archaïque resurgir dans une paradoxale alliance avec l’illimité de la technique, engage une laïcisation des formes de spiritualité. Ainsi de l’imaginaire de l’Internet quand il calque, inconsciemment, les constructions de l’angélologie.

Genèses

L’institution du signe
par Olivier Bomsel

En économie, tout commence par la monnaie. Pour tenir son rôle d’équivalent universel, la monnaie doit être constante, non fongible, ce qui ne peut être garanti par sa dimension matérielle : aussi précise soit la forge, deux pièces ne pèsent jamais exactement le même poids…

La fabrique de l’originalité
par Robert Kopp

D’une esthétique de l’imitation à une esthétique de l’originalité ? Nous avons beau vivre sous la tyrannie de l’originalité et de l’éternel retour du nouveau, les partisans de l’imitation, de la copie, voire du plagiat, non seulement restent, mais deviennent à nouveau plus nombreux.

Trous de mémoire
par Pierre-Marc de Biasi

Il y a un an, le 21 avril 2011, Pierre Assouline publiait dans son blog un article intitulé « La mémoire vide des temps informatisés » qui commençait par ces mots : « Un généticien littéraire sonne le tocsin. Le phénomène est rare. Et si un spécialiste de l’interprétation des œuvres littéraires d’après les archives de la création s’autorise une telle procédure d’urgence, c’est qu’il doit vraiment y avoir péril en la demeure. »

Le vivant entre variation et réplique
par Laura Bossi

Le monde vivant se présente à nous sous deux aspects : une incroyable multitude et variété de formes, de la bactérie à l’éléphant, de l’algue à la glycine, de la moule à la baleine ; et l’existence d’ « espèces » apparemment fixes, constituées d’individus qui se ressemblent, sans être identiques, et doués de la curieuse propriété d’engendrer d’autres individus semblables…

Variantes

Vrais faux et faux vrais
par Jean Clair

Un conservateur des musées de France n’est pas autorisé à faire des expertises d’œuvres appartenant à des personnes privées, sauf lorsque les œuvres sont destinées à entrer dans les collections nationales, par achat, donation ou dation. Son expertise est alors requise pour s’assurer que ces œuvres ne sont pas des faux, et qu’elles représentent un intérêt pour le patrimoine.

L’art au défi du multiple
par Michel Melot

Le monde de l’art est particulièrement sensible à la notion de « copie », plus sensible encore en anglais, où copy désigne à la fois la reproduction, l’imitation et l’exemplaire. Dans ce large registre d’objets différents il faut distinguer la copie comme reproduction ou imitation, par rapport à un modèle qu’elle n’atteint jamais, et la copie au sens d’exemplaire, par rapport à une matrice produisent des objets interchangeables.

La part de l’interprète
par Daniel Bougnoux

Plutôt que de défendre avec Walter Benjamin les valeurs « auratiques » de l’original ou de la première fois, on développe ici, pour penser la prolifération des copies, la distinction des œuvres autographiques et allographiques ; sous la pression des nouvelles technologies et de l’impératif démocratique de leurs conditions d’accès, les œuvres opèrent une émancipation allographique en se détachant du ici et du maintenant de leur première énonciation.

Photos : quelle valeur ?
par Monique Sicard

La possibilité d’un clic a des effets vertigineux. Entre la délinquance et la légalité, l’autocratie et la démocratie, le pirate et le navigateur, les frontières se déplacent ou s’effacent : une zone de trouble, voire de non droit, prend naissance.

Variations sur les usages de la copie en musique
par Vincent Tiffon

Sons et musiques sont des objets temporels par excellence. Le musicien passe son temps à copier les mélodies, les sons, les écritures de la musique. De mémoire ou par duplication des supports papier ou électroniques, le praticien de la musique est un obsédé de la citation, de l’incise, du fragment.

Salut l’artiste : Théo Angelopoulos

Pas de buzz pour Théo
par Pierre-Stéphane Murat

Deux destins se sont croisés en ce début d’année : Golden Globes, Bafta, Césars, puis Oscars, ce fut l’assomption au ciel mondain et médiatique d’un objet filmique peu identifiable, The Artist, cependant que, double disparition, passait dans les oubliettes de l’actualité la mort de Théo Angelopoulos, ce démiurge du cinéma.

Transgressions

Industrie du luxe et contrefaçon
par Élisabeth Ponsolle

Le Comité Colbert, qui regroupe soixante-quinze maisons françaises du luxe, a été créé autour d’une notion, d’une idée : l’art de vivre à la française.

Techniques du plagiat
par Hélène Maurel-Indart

La contrefaçon est un délit de reproduction illicite sanctionné par le Code de la propriété intellectuelle ; elle est la version juridiquement condamnable du plagiat, qui se tient quant à lui dans une zone d’ombre où les frontières manquent de netteté, entre recopiage et création.

Éthique de la citation
par Pierre d’Huy

« Trois ans pour faire un livre, cinq lignes pour le ridiculiser et des citations fausses », Albert Camus, Carnets.Et si la citation volontairement retournée contre son auteur permettait une nouvelle forme de copie ?

Petites phrases, gros dégâts
par Jacques Lecarme

Attention à vos petites phrases, elles ne sont pas toujours anecdotiques. Arrangées, le cas échéant, par un copier-coller malveillant, certaines peuvent vous valoir la peine capitale : mort politique, mort symbolique ou carrément le peloton d’exécution.

WikiLeaks. Canaliser les fuites
par Yannick Maignien

« Je suis militant, journaliste, programmeur de logiciels, expert en cryptographie, spécialisé dans les systèmes conçus pour protéger les défenseurs des droits de l’homme. » Julian Assange. Depuis Machiavel, la question de la dialectique du secret et de la transparence, du privé et du public, de l’opacité et de la liberté, est devenue partie prenante du discours et de la théorie politiques.

Figures

Portraits de copieurs
par Paul Soriano

Quatre facteurs, du plus noble au plus trivial, font obstacle à la copie : la morale (c’est mal), le droit (c’est défendu), l’économie (c’est du vol) et la technique (c’est difficile). À quoi on peut ajouter un critère esthétique : copier, c’est moche, c’est nul ; voire un critère politique : c’est l’anarchie ! Les religions qui proscrivent l’image ne manquent pas d’arguments.

Offensives

Copier-Coller
par Louise Merzeau

Il est temps de réhabiliter le copier-coller comme paradigme d’un nouvel âge médiologique. Mais la raison graphosphérique a du mal à s’y résoudre, et préfère stigmatiser des comportements imbéciles ou coupables. Pourtant, on ne sauvera rien de ce dont on redoute aujourd’hui la perte en refusant de considérer l’ampleur et la complexité du phénomène. Ce qui empoisonne nos certitudes est peut-être aussi le remède…

Chauvet : la réalité augmentée
par Dominique Baffier

Le 18 décembre 1994, Éliette Brunel, Jean-Marie Chauvet et Christian Hillaire, spéléologues amateurs ardéchois, découvrent la grotte Chauvet-Pont-d’Arc. Cette grotte, dont les peintures pariétales sont les plus anciennes connues au monde, a placé le département de l’Ardèche en position prépondérante pour la connaissance et l’étude de l’art pariétal paléolithique.

L’industrialisation du lecteur
par Alain Giffard

Pour situer la relation du lecteur et de la copie à l’âge de la lecture numérique, il faut rappeler la situation paradoxale du lecteur, triomphant en un lieu, les théories littéraires, mais totalement oublié dans les analyses et textes juridiques. Depuis Barthes, l’école de la réception, les cultural studies, le lecteur triomphe à l’université.

Wikipédia. Une somme originale de copies
par Rémi Mathis

Wikipédia souffre de sa trop grande visibilité. Le fait qu’elle semble remettre en cause certains fonctionnements traditionnels de la diffusion de la connaissance – et certains pouvoirs liés à ce fonctionnement ? – a favorisé dans le grand public une approche morale, bien loin d’une appréhension dépassionnée visant à comprendre un phénomène complexe et mouvant.

Quand copier c’est créer
par Françoise Gaillard

Dans un article de 1956, « Mode d’emploi du détournement », Guy Debord contestait la notion de propriété intellectuelle et militait pour un droit à recopier, reproduire, réactiver, détourner les œuvres existantes.

Une « copy-party » en bibliothèque
par Lionel Maurel, Silvère Mercier et Olivier Ertzscheid

Le 7 mars 2012, la bibliothèque universitaire de La Roche-sur-Yon organisait une copy-party avec pour projet de permettre aux usagers de copier librement, en partie ou en intégralité, tous les documents disponibles (livres, revues, magazines, CD, DVD) à l’exception des logiciels et bases de données, à condition de respecter les conditions suivantes…

Pense bête

Régis Debray

Quiproquo. Une semaine de réflexion, aux Treilles, sur « la révolution numérique »…
De l’écrivain à l’écriteau. Comment une vie infuse-t-elle post mortem en légende ? Comment un écrivain effacé, aux allures feutrées et presque étriquées, veillant à n’y être pour personne ou presque, se transsubstantie-t-il en figure de dévotion ?
Le chaînon manquant. Cérémonie du souvenir au mont Valérien, en l’honneur du réseau du musée de l’Homme.
Retour en Haïti. Jaillissant de l’ordure, dès les faubourgs de Port-au-Prince, des éclats de poésie à tout bout de champ.
Le répit ferroviaire. Seules les pensées que l’on a dans un train, en regardant distraitement défiler le paysage, le nez contre la vitre, valent quelque chose.
Affleurement. Si je continue de regimber à l’étiquetage « intellectuel-de-gauche »…
Porte-à-faux électoral. Hollande, Mélanchon, Bayrou, Poutou… Flottements, ambiguïtés, compromis…
Toutes choses utiles. La harpe, dans l’orchestre français, appelle neuf fois sur dix une harpiste, tandis qu’au Venezuela c’est un instrument pour homme.
Deux pour le prix d’un. La patrie ne faisant plus l’affaire en Europe, il faut se débrouiller pour en avoir deux si on veut faire bon poids.
Le cache audiovisuel. Le 20 heures de France 2, hier soir. En ouverture, le match de rugby France pays de Galles, puis une jeune fille écrasée sur l’autoroute, puis une tornade aux USA, un crime non élucidé à Montauban, un attentat à Damas…
Livre contre lecture. On ne trouve plus d’étagères pour bouquins à Ikea – perspicace entreprise qui a pris acte du tournant numérique…
Dépaysement. Conseil d’administration d’une institution culturelle… « Dispositifs immersifs et portails de ressources, synergie et focus, applications lu
do-éducatives et deep-linking… »
Paille et poutre. Je n’achève pas sans malaise la lecture d’un ouvrage d’histoire « scientifique et technique », signé Lucien Febvre et François Crouzet, pétri de bonnes intentions, et intitulé Nous sommes des sang-mêlés.
Une plongée à la grotte Chauvet. L’aïeul retrouvé nous fait signe de la main…