Médiologie

Accueil > Publications > Médium > Médium 26

Médium 26

Santé : nouvelles techniques, nouvelles croyances

La Rédaction , 29 novembre 2015

Pourquoi un numéro de Médium sur « santé, nouvelles techniques, nouvelles croyances » ? Parce qu’un médiologue s’intéresse aux machines et aux transformations qu’elles impriment à nos croyances dans le vrai, le juste ou l’efficace, tout comme à notre confiance dans ce qui fait autorité. Parce qu’il s’intéresse également aux transmissions du savoir et des pratiques spécialisées et donc aux supports et aux institutions qui organisent cette traversée du temps.

- Acheter ce numéro de Médium

Résumés des articles

SANTÉ
Nouvelles techniques, nouvelles croyances
 
Ouverture par Monique Sicard et Paul Soriano
 
Pasteur en héritage par Alice Dautry
Directrice générale de l’Institut Pasteur, Alice Dautry a bien voulu répondre à nos questions. En précisant le fonctionnement atypique de cette institution-phare. En éclairant de l’intérieur quelques récentes crises de confiance. En réaffirmant, au-delà de l’héritage de Pasteur, le bien fondé de ce qui pourrait être l’inlassable devise d’un traitement scientifique des maladies, à la fois ambitieux et modeste : dans l’état présent des risques encourus et des savoirs à disposition « le mieux possible ».
Alice Dautry est directrice générale de l’Institut Pasteur.
 
Grandeur et servitudes hospitalières par Lucien Gérardin
L’hôpital public serait-il devenu un grand corps malade, écartelé entre mercantilisme et bureaucratisme, d’un côté sommé de devenir une entreprise de production de soins, et de l’autre accablé par une surcharge de tâches gestionnaires et techniques ? Fidèle à sa vocation – préférer les pratiques aux discours – notre revue s’est tournée vers un homme de terrain à longue vue pour saisir les rouages de l’hôpital réel, celui des soignants, des malades et des cadres administratifs.
Lucien Gérardin est directeur des ressources humaines du Centre hospitalier de Senlis, directeur de l’hôpital local EHPAD de Nanteuil-le-Haudouin (Oise).
 
Médecine 2.0 par Dominique Dupagne
L’outil révolutionnaire qu’est Internet révolutionne également l’exercice de la médecine. Prolifération des connaissances, démocratisation de l’information, nouvel activisme du patient… Va-t-on un jour sauter la case médecin ? Au profit de quelles médiations nouvelles ?
Dominique Dupagne est médecin généraliste.
 
Espérances de vie par Jean de Kervasdoué
Les indices statistiques le montrent : malgré de cruelles inégalités planétaires, l’espérance de vie ne cesse de progresser. Mais, au même moment, nos systèmes de soin sont en crise, morale, politique et financière. Comment expliquer ce déphasage ?
Jean de Kervasdoué est professeur d’économie, titulaire de la chaire d’économie et de gestion des services de santé du conservatoire national des arts et métiers (CNAM) et membre de l’académie des technologies. Il a été directeur général des hôpitaux. Ingénieur agronome de l’Institut national agronomique Paris-Grignon, il a également un MBA et un doctorat en socio-économie de l’Université Cornell aux États-Unis.
 
La psychiatrie dans toutes ses étapes par Quentin Debray
La psychiatrie contemporaine s’écarte désormais d’un obscurantisme qui l’a longtemps ralentie. Elle se veut pragmatique et compréhensible. Cela ne veut pas dire qu’elle s’est simplifiée. Les facteurs incriminés dans la constitution d’une pathologie sont sans doute plus nombreux qu’autrefois et leur maîtrise justifie de faire appel à des thérapeutiques variées et complémentaires.
Quentin Debray est professeur de psychiatrie honoraire de l’Université Paris V. Dernière publication : Le Pont d’Auguste. Corot en Lumière, Alphée, 2010.
 
Des mots sur le mal par Gérard Danou
Médecin et homme de lettres, Gérard Danou diagnostique, dans la prétendue « crise de la médecine », une carence de la parole. Au discours à sens unique, au règne de la langue de l’expertise désaffectée, il oppose, références à l’appui, le vrai dialogue et l’ humanité du langage.
Gérard Danou est docteur en médecine, ancien praticien hospitalier, docteur ès lettres habilité à diriger des recherches en histoire culturelle (littérature et médecine). Il est chercheur associé aux Universités de Cergy-Pontoise et de Paris Diderot-Paris VII. Il a notamment publié Langue, récit, littérature dans l’éducation médicale, Limoges, Lambert-Lucas, 2007.
 
De l’eau bénite à la Contrexéville par François Durand-Gasselin
La connaissance scientifique s’arrache sur un fond symbolique, plus ou moins latent et persistant, dans nos mentalités. Culture et savoir s’imbriquent remarquablement dans le cas de l’eau et du sel. La démystification a un coût. En témoignent les libres propos d’un religieux, aussi respectueux du savoir objectif que de nos besoins subjectifs d’imaginaire.
François Durand-Gasselin, Frère Anselme, est moine bénédictin de l’abbaye d’En Calcat.
 
Knock médiocrate par Daniel Bougnoux
Modernité prémonitoire d’un personnage littéraire… En 1923, Jules Romains, poussant la satire du fanatisme médical aux limites, préfigurait peut-être une société de soins à venir.
Daniel Bougnoux est professeur émérite à l’université Stendhal de Grenoble.
 
Critique de la raison thérapeutique par Christiane Vollaire
Le fossé entre soignants et patients, entre administration hospitalière et usagers de la médecine serait lié, dit-on, à un excès de rationalité scientifique. D’un côté la froide rigueur du savoir, de l’autre, les émotions, le « ressenti ». Cette conception dualiste qui vise à restaurer la valeur des sentiments, à faire appel à l’« humanité » du médecin, à proposer « l’humanisation » des hôpitaux, témoigne d’un défaut d’analyse, d’une mésinterprétation de la « rationalité ».
Christiane Vollaire est philosophe. Ex-infirmière, elle enseigne la philosophie à Dunkerque. Dernier livre publié : L’Intraitable : essai sur le travail photographique de Philippe Bazin, Paris, Éditions Méréal, 1999.
 
Pour une culture de la prévention par Michèle Froment-Védrine
Cesser d’opposer prévention et soin ; mieux articuler l’hyperspécificité médicale avec des principes d’hygiène traditionnels ; faire appel à la responsabilité du « cyberpatient » : revenant sur ses nombreuses expériences de médecin spécialiste de la Santé publique, Michèle Froment-Védrine dégage les lignes de force de ce qui pourrait être, en France, une grande politique de santé.
Michèle Froment-Védrine est docteur en médecine, spécialiste en santé publique. A été chef du service en charge du contrôle des hôpitaux à la Caisse Nationale d’Assurance Maladie, CNAMTS, de 1978 à 1990. A participé, aux Affaires Sociales et à la Santé, aux cabinets Delebarre, Bianco et Kouchner. A présidé la Commission de Sécurité des Consommateurs de 1995 à 2005, et la Commission Nationale de Biologie. A été chargée de créer et a dirigé l’AFSSET de 2002 à 2008. Elle est, à ce titre, un bon spécialiste des problèmes de prévention en matière de santé publique. Elle est actuellement conseiller maître à la cour des Comptes.
 
 
BONJOUR L’ANCÊTRE
Ici,
contre l’amnnésie et la désinvolture,
un médiologue d’aujourd’hui célèbre
un maître d’hier oublié ou négligé.
Hippocrate
Hippocrate le Grand, né vers 460 av. J.-C dans l’île de Cos et mort vers 370 av. J.-C à Larissa, est un médecin grec du siècle de Périclès, considéré comme le « père de la médecine ». Il a révolutionné intellectuellement la médecine en Grèce antique, en instituant cet art comme une discipline distincte des autres disciplines de la connaissance auxquelles elle avait traditionnellement été rattachée. Il a fait ainsi de la médecine une profession à part entière.
 
 
SALUT L’ARTISTE
 Ici,
 hors des diktats de l’actualité,
 un coup de projecteur
 éclaire les dessous d’une œuvre d’art
 trop connue ou méconnue.
Rembrandt, Méditations anatomiques
par Monique Sicard
Il faut penser La Leçon en noir et blanc. Cligner des yeux.
Dans la lumière, le corps du cadavre, l’âme des médecins. Dans l’ombre, le crâne du mort, le corps des vifs.
Dans l’obscurité, le livre. Dans la clarté, la chose et l’exercice d’un enseignement.
En clair, les mains. En noir, les pieds.
Rembrandt a vingt-six ans lorsqu’il réalise La Leçon d’anatomie. Le dualisme irriguant le tableau n’est pas une tocade. Il se retrouve tout au long de l’oeuvre du peintre. Aux uns, l’âme immortelle. Aux autres, le corps, potentiellement en décomposition.
On peut s’étonner, ici, de ce choquant retour sur terre d’un corps-cadavre en cours de dissection.
 
 
UN OBJET
L’objet quotidien est le muet du sérail.
Pour rematérialiser le spirituel,
donnons-lui la parole.
L’ordonnance, par Paul Soriano
Le mot « ordonnance » a de nombreux synonymes. L’usage le plus ancien (XIIe siècle) apparaît dans l’ordre politique. Les ordonnances d’un pouvoir exécutif se distinguent des lois établies par le pouvoir législatif, ce qui nous vaut une formule malicieuse de Proudhon : « Le peuple avait vu les rois motiver leurs ordonnances par la formule : Car tel est notre plaisir, il voulut à son tour goûter le plaisir de faire des lois. […] Le divertissement n’est pas près de finir. » (Qu’est-ce que la propriété ?).
On rencontre aussi des ordonnances dans l’ordre juridique (l’ordonnance d’acquittement prononcée par un juge) ou administratif (une ordonnance de police, une ordonnance de paiement) – être « meublé selon l’ordonnance », signifie ne détenir que des meubles que la loi défend de saisir, en d’autres termes être meublé au plus juste ! On trouve encore des ordonnances dans l’ordre artistique (spécialement en architecture), logique et logistique (l’ordonnancement d’un processus), etc. Sans oublier le képi ou le revolver d’ordonnance (c’est-à-dire réglementaires) et l’officier d’ordonnance ou aide de camp.
 
 
PENSE-BÊTE
Suite du journal intime d’un médiologue
zigzaguant, nez au vent, à travers images,
livres, faits divers et autres vicissitudes.
Par Régis Debray
Proche-Orient et procrastination
S’il n’est de paradis que perdu, il n’est de bonne Terre Promise que remise à plus tard. Moïse était au parfum. Il s’est bien gardé de franchir le Jourdain. Nos contrées de lait et de miel ne promettent que des mécomptes aux adeptes du grand retour, chaque fois qu’ils oublient que pour les havres de salut, sur la Terre comme dans les têtes, mieux valent deux tu l’auras qu’un seul tiens.
 
Le Fleuve bleu ou l’éternel retour
Un café chic en terrasse, dominant le Huangpou, à l’heure du breakfast. Serveurs chinois, consommateurs blancs. Joyeuses tablées d’anglo-saxons, têtes blondes, ladies avec jupettes et raquettes. Des tennismen en short avalent leur dernier coffin. Un grand blond, sac de golf à l’épaule, prêt pour le green. Il y a du polo dans l’air. On ne parle qu’anglais. Les businessmen en famille, détendus, préparent leur week-end sous un soleil printanier.

- Acheter ce numéro de Médium