MÉDIUM
Transmettre pour innover
N°51
 
  Revue trimestrielle dirigée par Régis Debray  
 
 
 
 
À LA FRANÇAISE
 
Sous la direction de Hélène Maurel-Indart et Paul Soriano
 
Ouverture  par Hélène Maurel-Indart et Paul Soriano
 
E pluribus unum  par Régis Debray
Cessons d'opposer à l'un le multiple. C'est parce que le Français est pluriel qu'il est singulier. La règle, qui vaut pour nos paysages, gouverne aussi notre tempérament.
Lully, né à Florence, a baptisé la musique de ballet, emblème du répertoire français, à la Cour de Louis XIV ; et dans sa Lettre sur la musique française, Rousseau prend le parti de l'Italien, contre la musique « bruyante » et « insignifiante » de Rameau. Cherubini, autre Italien, né à Florence, lui aussi, et naturalisé Français, l'auteur du Porteur d'eau, fut le maître de la chapelle de Louis XVIII, sous la Restauration. Offenbach, né Allemand à Cologne, l'auteur de La Vie parisienne, a rendu populaire mieux que personne l'Opéra français, version Bouffe. Rossini, né à Pesaro, après avoir dirigé le théâtre italien de Paris, fut l'Intendant général de la Musique royale. Ne parlons pas de Chopin ni de Liszt. Il n'y a pas de certificat de naissance qui vaille en musique, ni droit du sang ni droit du sol, mais il y a une musique française, par le style (clarté, charme, sobriété, élégance) ou par le genre. Nul n'en ferait l'histoire sans mentionner, à côté de Fauré, Ravel ou Debussy, ces immigrés capitaux.
Régis Debray, son prochain livre Civilisation, comment nous sommes devenus Américains, sortira en mai 2017, Éditions Gallimard.
 
ICÔNES ET TOTEMS
 
La Parisienne  par Françoise Gaillard
« Quand Buffon peignait le lion, il achevait la lionne en quelques phrases ; tandis que dans la Société la femme ne se trouve pas toujours être la femelle du mâle », (Balzac). Nul ne sait ce qu'est un Parisien. La Parisienne, c'est autre chose.
Difficile, en effet, d'apparier la Française, cette créature mythique qui fait toujours rêverà l'étranger, surtout outre-Atlantique, à ce beauf portant béret, un litron à la main et une baguette de pain sous le bras, que l'on trouve encore crayonné par certains caricaturistes et non des moindres comme ceux du New Yorker, et dont nos latin lovers (belle gueule avec un rien de mauvais garçon à la Gabin, la Delon, ou la Depardiou) n'ont pas réussi à effacer l'image dans les esprits.
Françoise Gaillard, philosophe, critique littéraire française et traductrice, est maître de conférence à l'université Paris-VII spécialisée sur Flaubert ainsi que sur la littérature française, l'esthétisme et l'art de Fin de siècle.
 
Le Frenchie  par Pierre d'Huy
Si vous comptez sur les autres pour nous dire qui nous sommes, méfiez-vous. Le portrait ne sera peut-être pas si flatteur.
Lacka et tee-see ! Ceci est une phrase réelle tirée d'un manuel britannique qui a pour but de tenter de comprendre les Français. Pour un anglophone, elle permet de dire phonétiquement « la queue est ici ! » à un Français qui a l'intention de doubler dans une file d'attente. Notons également l'intéressant « Ma vee ay sell d'toot ma fammee so tontra vo-man », utile pour apitoyer l'administration française. Stephen Clarke, auteur britannique de Talk to the snail : ten commandments for understanding the French, a ainsi patiemment rédigé un petit guide de survie à l'usage de ses compatriotes, dans lequel on peut trouver un bon nombre de ces petites phrases bien pratiques pour vivre en France.
Pierre d'Huy est un Frenchie, globe-trotter. Il est le directeur des programmes internationaux et de la Chaire Management & Innovation de l'EDHEC, business school. Dernier ouvrage paru avec Jérôme Lafon, L'Innovation pour les Nuls, Éditions First, 2016.
 
L'intello  par Paul Soriano
Si l'intellectuel est un Français par destination, c'est peut-être parce qu'en tout Français gît un intellectuel.
Si l'on en croit les dictionnaires étymologiques, il faut six siècles pour que l'adjectif « intellectuel» (qui se rapporte à l'activité de l'esprit) devienne un nom (qui se consacre aux activités intellectuelles). Et encore quelques décennies, jusqu'à la fin du XIXe siècle, pour que surgisse enfin l'intellectuel à la française. Tellement français que le mot devient quasi intraduisible, ce qui est un bon test de singularité nationale.
Paul Soriano est rédacteur en chef de la revue Médium.
 
René Descartes  par Jacques Billard
Le Français était-il cartésien avant Descartes ? Mais quel Descartes au fait, celui du doute ou celui de la méthode ? Le sceptique ou bien le dogmatique ?
Que des acteurs de cinéma soient identifiés à la France n'a rien d'étonnant. Alain Delon, Catherine Deneuve, Marion Cotillard, Jean Dujardin, Jean Gabin… Tous ont été faits par le spectacle et rendus conformes à l'archétype du Français : la France leur préexiste, ils n'en sont qu'une illustration choisie. En est-il de même pour les politiques ? De Gaulle ? Pétain (« Êtes-vous plus français que lui ? ») ? Ils sont tout autant fabriqués, mais par l'histoire et plus encore par les historiens. Ils ont incarné une France à une certaine période, une France qui leur préexistait. Ils l'ont sauvée ou ils l'ont révélée à elle-même. Il n'existe qu'un seul homme dont on puisse dire qu'il est la France, l'ayant faite et en en étant le symbole. Cet homme n'est ni dans le spectacle ni dans la politique, c'est un philosophe, c'est Descartes. Cas exceptionnel. On cherche en vain un autre pays qui pourrait s'identifier avec un penseur. La Chine, peut-être, avec Confucius.
Jacques Billard, philosophe, a été directeur d'études à l'IUFM de Paris, maître de conférences à Science-Po (Paris) et maître de conférences (Université Paris I Panthéon-Sorbonne). Site consultable : www.jacques-billard.fr
 
Paul-Louis Courier  par Michel Melot
Helléniste, pamphlétaire et soldat, Paul-Louis Courier (1772-1825) vit et meurt en Touraine, berceau de la France. Ses flèches étaient assassines. Pas étonnant qu'il ait fini assassiné.
Pour Stendhal, c'est Paul-Louis Courier. Sainte-Beuve ne partage pas cet avis : « Courier n'est pas un très grand caractère… Je dirai même tout d'abord que ce n'était pas un esprit très étendu ni très complet dans ses points de vue. » L'opinion tranchée de Stendhal est sans doute relative : elle dépend de ce qu'on considère comme l'intelligence française. Avec quel instrument Stendhal la mesure-t-il ? L'affirmation aurait un tout autre sens sous la plume d'un satiriste anglais ou belge. Admettons. Comment trouver intelligent un personnage aussi retors, aussi acide, qui ne sait parler bien que de ce qu'il abhorre et des gens qu'il déteste ?
Michel Melot, bibliothécaire et historien d'art, a été, entre autres, président du Conseil supérieur des Bibliothèques. Dernier livre publié : Mirabilia. Essai sur l'inventaire général du patrimoine culturel, Gallimard, 2012.
 
Alain Delon  par Pierre Chédeville
Le mystère Delon : comment l'incarnation du samouraï solitaire et sans illusion devient jusqu'au Japon et en Chine l'icône d'une France idéale, dans un monde post-héroïque.
La beauté sauvera le monde, prophétisait Dostoïevski qui doit aujourd'hui se retourner dans sa tombe. Et ceux qui s'émeuvent d'un hypothétique « grand remplacement » ethnique seraient bien inspirés de se pencher sur les significations du grand remplacement, bien réel celui-ci, de la beauté par la laideur dans la plupart des domaines de la vie occidentale en général, et de la France en particulier. Il nous dit bien plus de ce que les Français sont devenus et des métamorphoses accélérées du caractère national depuis quelques décennies. Inutile ici de s'étendre en démonstrations fastidieuses sur la réalité du phénomène et de ses origines ; gageons d'emblée de la mauvaise foi ou du mauvais goût, c'est selon, de ceux qui applaudissent, en automates du pur présent, au torrent de vulgarité inondant notre quotidien depuis qu'il a pénétré l'âge de la vidéosphère.
Pierre Chédeville a une double formation en management et en littérature. Présent dans le monde de l'entreprise, où il est spécialiste du domaine bancaire, il n'a cependant pas cessé de questionner les grands textes pour essayer d'éclairer de manière décalée le monde contemporain.
 
EXOTISMES ET CHARENTAISES
 
La galanterie  par Cécilia Dutter
De vertu qu'elle était naguère, la galanterie est devenue ringarde, pour ne pas dire suspecte. Mais française toujours.
Dans son acception la plus large, le Petit Robert nous invite à voir en la galanterie « une distinction, élégance de l'esprit et des manières » qui s'apparente donc, en première ressort, à une noblesse de comportement, une courtoisie vis-à-vis d'autrui en général. Cependant, c'est évidemment au cas où un homme adresse ces exquises attentions à une femme que l'on pense spontanément. À cet égard, l'amabilité du monsieur, déférence révérencieuse envers son élue, poursuit une fin : la séduire et, idéalement, la conquérir. D'où le paradoxal statut de la galanterie qui se situe à mi-chemin entre la politesse désintéressée et la subtile manipulation amoureuse, entre-deux qui fait précisément toute la saveur de cette joute dont les Français sont historiquement les inventeurs.
Cécilia Dutter est romancière et essayiste. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, dont Lame de fond, Albin Michel, 2012, Etty Hillesum, une voix dans la nuit, Robert Laffont, 2010, ou Flannery O'Connor, Dieu et les gallinacés, Le Cerf, 2016, elle chronique pour Service Littéraire et La Vie. Dernier ouvrage paru : À toi, ma fille, Le Cerf, 2017. Site : www.cecilia-dutter.fr
 
Maths in France  par Jean-Yves Chevalier
Qui pourrait croire que la mathématique, universelle, pût s'exercer à la française ? Cartésien sans doute, le « mathématicien français » se distingue et s'illustre après la Révolution. Mais comme tant d'autres, cette exception française se trouve aujourd'hui menacée.
Il est parmi les « archétypes français » deux sortes de figures. On s'identifie volontiers aux premières : « amateur de bon vin et de fromages », French lover, « malin débrouillard » (le Passepartout de Jules Verne) ; les secondes sont objets de fierté mais à condition de s'en tenir à distance : l'homme d'État, le héros de la Résistance ou le « mathématicien français ». On est fier, en effet, de compter dans la nation un grand nombre de mathématiciens célèbres, on collectionne les médailles Fields comme les titres olympiques de handball (mais sans le même enthousiasme collectif). Le grand mathématicien mérite le respect mais il n'est, bien sûr, pas nécessaire de s'intéresser à ses travaux alors que tout un chacun connaît le domaine du « grand écrivain » et est souvent capable de citer le titre d'un de ses livres, même s'il ne l'a pas lu.
Jean-Yves Chevalier est professeur de mathématiques en classe préparatoire à Henri IV.
 
La physique du coin de table  par le groupe Mecawet
Y a-t-il encore place pour cette physique dite « à la française », ces expériences toutes simples, ces apparents bricolages qui ne sont pas étrangers à mainte découverte scientifique ?
Dans l'ensemble des laboratoires de physique de l'École normale supérieure coexistent des recherches de styles bien différents. Dans l'un d'entre eux, créé par Alfred Kastler et Jean Brossel, qui lui ont laissé leurs noms, les chercheurs traquent le grain de lumière (le photon) depuis plus d'un demi-siècle, et ce avec la reconnaissance de plusieurs prix Nobel. Tout près d'eux, d'autres chercheurs « s'amusent », pourrait-on penser, avec des expériences toutes simples. On y voit s'évaporer une goutte, froisser du papier, déformer un tricot, faire chanter un tas de sable qui s'écoule en avalanche…, tout cela sans l'unité apparente que voudrait faire penser le titre « laboratoire de physique statistique » où travaillent ces chercheurs. Des recherches comparables se retrouvent dans les laboratoires voisins de l'École de physique et chimie où nous évoluons et qui ont été marqués par le style de son directeur Pierre-Gilles de Gennes, lui aussi reconnu par le prix Nobel.
Groupe Mecawet (École supérieure de physique et de chimie industrielle de la Ville de Paris), contact : guyon@pmmh.espci.fr
 
Au pays des maîtres  par Jacques Billard
Existe-t-il encore, dans quelque village gaulois, un îlot de résistance à la pédagogie ?
Il existe encore quelque chose qui nous singularise, nous Français, aux yeux du reste du monde, c'est le professeur. Partout dans le monde, ce personnage est un pédagogue qui apprend la pédagogie, qui améliore son savoir-faire. En France, il s'obstine à être un maître. Il croit encore que le savoir libère alors que le savoir – on n'arrête pas de vous le dire – est encombrant. Il croit qu'il faut apprendre alors qu'il est prouvé qu'il suffit d'apprendre à apprendre, éventuellement sans jamais rien apprendre. Il résiste aux ordinateurs et aux tablettes, comme naguère à l'audiovisuel. Il se tientà distance de la vidéosphère et ne croit qu'à la parole et à l'écrit. Il refuse la bande dessinée et tient encore au livre. Bref, comme il existe un village gaulois qui résiste aux Romains, il existe un pays qui résiste à la pédagogie, c'est le nôtre. On peut bien lui prouver qu'il a tort, que les classements internationaux le placent en queue de liste, lui montrer qu'il a besoin de se mettre à la page, il reste allergique aux pédagogues. Regardons-y de plus près.
Jacques Billard
 
Les heures sombres  par Jacques Lecarme
Quand la France vaincue cherchait des boucs émissaires… Barrès est mort, Maurras oublié, Pétain honni mais ils bougent encore.
Êtes-vous plus Français que lui ? Cette question qui appelle un récriement négatif figure en sous-titre, au bas d'une immense affiche, portrait du Maréchal Pétain, chef de l'État français. La scène, située en l'été 1944, appartient au film Lacombe Lucien, signé de Louis Malle pour la réalisation et aussi de Patrick Modiano pour le scénario. Le portrait orne un commissariat de policiers marrons, de sac et de corde, travaillant pour la Gestapo, dans une petite ville du sud-ouest. Dans ce commissariat peu réglementaire a échoué le jeune Lucien Lacombe qui vient d'essayer de prendre contact avec le maquis et qu'une crevaison de vélo a laissé en plan. Le mérite de ce film, qui suscita beaucoup de reproches injustes, aura été de restituer l'ambiguïté tragique des comportements français dans les années noires.
Jacques Lecarme est professeur émérite de littérature française à l'Université Sorbonne-Nouvelle. Dernier livre paru : L'Autobiographie, en collaboration avec Éliane Lecarme-Tabone, Éditions Armand Colin, 2010.
 
Monsieur H.  par Paul Soriano
Cette petite fantaisie de politique-f iction est tellement vraisemblable et son héros tellement français : un président pourrait dire ça.
« Ce qui est toujours amusant dans la politique, c'est de reconstruire, on fait des scénarios », (Monsieur H.).
Lorsqu'il sut le résultat de la « primaire de la droite et du centre », Monsieur H. ne put réprimer un élan de joie maligne. Bingo ! Comme prévu (par lui seul), la droite venait de désigner son pire candidat, eu égard à ses vulnérabilités, pourtant connues de tout Landerneau. Dans la logique démente de ces primaires – qui l'avaient pourtant propulsé, lui, vers l'Élysée cinq ans auparavant.
Paul Soriano
 
VU D’AILLEURS
 
American graffiti  par Jeffrey Mehlman
Éclipses et résurgences de la francité en Amérique. Entre amour et désamour.
Lorsqu'un Américain s'interroge sur ce qu'il souhaiterait retenir de la France et du Français, frappé par ce qui semble en voie de s'effondrer de son propre pays, il est tenté de se rappeler que son nouveau président a une seule fois investi sa fortune personnelle dans une œuvre de théâtre ; or cette œuvre portait le titre : Paris is Out ! (Paris est exclu !). Il y était question, en 1970, d'un couple fêtant ses quarante ans de mariage par un second voyage de lune de miel. Or le mari, on ne peut plus new-yorkais, fut joué par Sam Levine, ancienne vedette d'un musical classique, et qui se disait prêt à voyager n'importe où, sauf à Paris. Il finit pourtant, sous la pression conjugale, par s'y rendre ; mais je n'évoque cette pièce, nullement pour sa qualité esthétique – médiocre – mais parce que cette œuvre, paraissant sous une bannière ouvertement anti-française, fut un véritable bide, une humiliation (financière) du futur président dans son vain combat contre le prestige de la capitale française.
Jeffrey Mehlman est professeur de littérature française à Boston University, auteur de Legs de l'antisémitisme en France, Denoël, 1984 ; Émigrés à New York : Les Intellectuels français à Manhattan, 1940-1944, Albin Michel, 2005 et Adventures in the French Trade : Fragments Toward a Life, Stanford University Press, 2010.
 
Réponses  par Marc Bonnant
Qu'y a-t-il de plus « insupportable » dans le Français et que pourrait-on éventuellement sauver en lui ?
Qu'il se veuille absolument moderne (impératif rimbaldien), qu'il altère son identité en l'exposant à tous les vents mauvais et qu'il se délie de son passé et de sa culture, qu'il soit progressiste.
Marc Bonnant, avocat genevois.
 
Désir d'histoire  par Michel Contat
Quand on est suisse et francophone, et qu'on se sent néanmoins appelé par l'Histoire, la solution s'impose : épouser la France !
Dans La Salamandre, le si beau film d'Alain Tanner (1971), Paul, le personnage joué par Jacques Denis, à un moment contemple à l'horizon la ligne noire des bois du Jorat et dit poétiquement (je cite de mémoire) : « Au-delà c'était la France, un pays où l'on ne savait jamais vraiment ce qui allait se passer le lendemain, peut-être la révolution, ou quelque chose qui lui ressemblerait… » La Suisse, nous la vivions comme le contraire de la poésie, c'était un pays où il ne se passerait jamais rien, un pays où l'on risquait d'« étouffer dans sa propre graisse », comme le disait avec colère un autre personnage de Tanner. Nous étions malades de la Suisse. Ce pays, il fallait le fuir. Nous en rêvions tous, plus ou moins. Notre rêve était un désir de France et un désir d'histoire. L'Histoire, avec sa grande hache, s'était arrêtée à nos frontières, nous laissant en plan, en proie au décourageant confort de l'ennui.
Michel Contat est directeur de recherche émérite à l'ITEM/CNRS/ENS. Il y a fondé une équipe de recherche sur les manuscrits de Sartre. Il est l'auteur, avec Michel Rybalka, de la bio-bibliographie Les Écrits de Sartre (Gallimard, 1970). Il a édité dans la Bibliothèque de la Pléiade Les Œuvres romanesques et le théâtre complet de Sartre. Auteur, avec Alexandre Astruc, du film Sartre par lui-même (1976). Chroniqueur littéraire, il a collaboré au Monde ; chroniqueur musical, il collabore à Télérama. On lui doit aussi des écrits autobiographique, dont Ma vie, côté père, Christian Bourgois, 2016.
 
Réponses  par Maurizio Serra
Qu'y a-t-il de plus « insupportable » dans le Français et que pourrait-on éventuellement sauver en lui ?
Vous avouerez que votre question peut surprendre. Qu'est-ce qu'un Français, un Allemand, un Italien en l'an de grâce 2017 ? Celles et ceux qui souhaitent nous faire croire à l'existence d'un archétype immémorial, sculpté dans le terroir et dans les siècles, me semblent plus proches du vase de Soissons et du col de Roncevaux que du monde complexe et interconnecté dans lequel il nous faut évoluer aujourd'hui. Je comprends que la « clochemerlisation » souverainiste puisse attirer des déçus et des nostalgiques, pour lesquels l'Europe unie ne vaut que si elle met chaque jour des sous dans nos escarcelles et la poule au pot le dimanche. Mais cette recette me semble honnêtement incapable de répondre aux enjeux d'une planète où 7,5 milliards d'individus – dont une infime minorité de « bien nantis » – doivent vivre (ou survivre) ensemble. Ce n'est pas un idéal mais une nécessité, l'alternative nationaliste et les murs fortifiés conduisant tôt ou tard à la guerre : François Mitterrand n'a pas été le premier chef d'État à l'affirmer. Espérons qu'il ne sera pas le dernier.
Maurizio Serra est un écrivain et diplomate italien.
 
Impressions ferroviaires  par Monique Sicard
La France et des Français peuvent aussi se découvrir en voyageant, au long d'un chemin de fer. Fût-ce en franchissant une frontière pour se donner une perspective. Qu'est-ce donc qu'habiter la France ?
Au départ, tout parle France, manifestement, jusqu'à l'écoeurement : « Linvosges », « L'Occitane », la boulangerie, la pâtisserie, « L'Onglerie », « La Carterie », et même, comme une bravitude de grande muraille, « La rangitude ». L'énorme lion de Bartholdi fièrement redressé, trône sur les ossements des catacombes où Nadar fit les premières photos de nuit de l'histoire. Il témoigne avec une lucidité dérisoire de l'intrépide résistance du colonel Denfert-Rochereau et de ses hommes. Puis encore, le quartier général de Rol Tanguy, l'angle de la rue Daguerre où Lise London, à l'aube de l'Occupation allemande, prit si courageusement la parole pour crier publiquement que nazisme et collaboration sont insupportables. Mais encore la grande avenue qu'emprunta la Deuxième DB pour recevoir von Choltitz à la gare Montparnasse.
Monique Sicard est chargée de recherche CNRS, Institut des textes et manuscrits modernes CNRS/ENS.
 
Réponses  par Jean Ziegler
Qu'y a-t-il de plus « insupportable » dans le Français et que pourrait-on éventuellement sauver en lui ?
Les artisans et ouvriers qui, le matin du 14 juillet 1789, ont marché sur la Bastille pour détruire la prison politique du roi ont changé la face du monde. Il n'existe pas aujourd'hui dans le monde civilisé d'État dont la constitution ne soit pas directement inspirée de celle de la Première République française de 1793. La Déclaration universelle des droits de l'homme des Nations unies, adoptée en 1948, est la copie conforme de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789.
Jean Ziegler est un homme politique, altermondialiste et sociologue suisse.
 
Vu de L'Étranger  par Hélène Maurel-Indart
La victime de L'Étranger, l'Arabe colonisé, n'a même pas de nom. Kamel Daoud, dans Meursault, contre-enquête lui a enfin donné une identité. Pour chasser le fantôme aliénant du Français, il faut lui voler sa langue.
Sacré pied de nez au monument de la littérature française, « Aujourd'hui, M'ma est encore vivante » est la première phrase du roman de l'écrivain algérien Kamel Daoud, Meursault, contre-enquête. Le Meursault de Camus, étranger au monde, condamné à mort pour n'avoir pas pleuré à l'enterrement de sa mère, ne savait plus très bien quand, hier ou aujourd'hui : après tout, « cela ne veut rien dire », disait-il ; c'était peut-être hier, et on lisait : « Aujourd'hui, maman est morte. »
Hélène Maurel-Indart, agrégée de lettres modernes, est professeur de littérature française du XXe siècle à l'Université de Tours. Spécialiste des questions de création littéraire, intertextualité, plagiat et droit d'auteur. Dernier livre publié : Petite enquête sur le plagiaire sans scrupule, Éditions Léo Scheer, 2013.
 
PENSE-BÊTE
Par Régis Debray
Alternance
La vérité inutile
Marasme
Marketing
Vœu pieux
Victor Hugo, ou la complexité
Donald Trump
Un homme averti en vaut la moitié d'un
Discrétion recommandée
Utilité des déculottées
Le tiers exclu
Anticonstitutionnellement
Une si longue attente
La sélection naturelle
 
 

 

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