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OUVERTURE
Claude Lévi-Strauss
«
Je hais les voyages et les explorateurs » : les oraisons funèbres
qui nous ont sériné ce passe-partout, ont rendu le
leitmotiv haïssable. C’est le danger des incipit quand
l’humour est au troisième degré, le brio brouille
la vue et permet les paresses. Ceux qui se sont donné la peine
de lire Tristes Tropiques jusqu’au bout, en faisant avec l’auteur
le tour de la terre, du Brésil au Pakistan, de Manhattan à Calcutta,
restent reconnaissants à Claude Lévi-Strauss, tout
homme de cabinet qu’il ait été, d’avoir
beaucoup voyagé et beaucoup exploré. Rares deviennent
les voyageurs, à l’heure où il n’y a plus
que des voyagés, et précieux sont les explorateurs, à l’âge
des tour-opérateurs. N’eût-il eu le goût
du grand air et des écarts de conduite, de la Colombie-Britannique
au Japon, que ce réfractaire serait resté simple philosophe,
voué à des exercices de sudation sémantique
en vase clos ; il aurait du même coup manqué à son
maître Rousseau, le fondateur de l’ethnologie, et à son
fameux mot d’ordre : « Pour étudier l’homme,
il faut apprendre à porter la vue au loin ; il faut d’abord
observer les différences pour découvrir les propriétés. » Il
n’eût pas fait ainsi l’apprentissage du regard
décalé. L’invariant structural ne se dégage
qu’à force de dépaysements, à la vue et à l’écoute
des variations du terrain. Un peu d’intelligence éloigne
de l’aventure géographique, beaucoup y ramène.
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Le
livre : du lutrin à la vitrine, par Thierry Grillet
Au moment où la lecture publique et
les pratiques lettrées encaissent l’effet de souffle
de la progression explosive du Web, d’autres médiations
se cherchent pour introduire au patrimoine écrit. Et montrer à travers
quelles incarnations la société du livre s’est
affirmée et parfois interrogée… Avec l’espoir
d’atténuer la fracture culturelle qui menace, à sa
manière, l’édifice de la transmission…
Un clip fait actuellement fortune sur YouTube (HelpDesk). Un moine,
assis dans sa cellule, désespéré devant un gros
in-folio fermé, attend la visite d’un autre frère.
Toc, toc. « Bonjour. Je suis bloqué. — Ah ! Mais
pourquoi ne pas ouvrir votre session ? — Et si j’avais
réussi à ouvrir, vous croyez que j’aurais fait
appel à un service d’assistance technique ? » répond,
d’un air las, le déprimé du codex… Et l’échange
se poursuit. « Vous voyez, c’est un système qui
permet de sauvegarder à peu près cent pages de texte. —Ah
bon ? Vous êtes sûr ? Même si je tourne la page,
le texte qui se trouve derrière, là, je ne vais pas
le perdre ? »…
Thierry Grillet
est délégué à la diffusion culturelle,
Bibliothèque nationale de France. Maître de conférences à l’IEP
Paris.
La perceuse et la girouette, par Pascal
Krajewski
Technique et technologie sont des mots qu’on
emploie l’un pour l’autre. À tort selon nous :
une perceuse électrique n’est pas technologique. C’est
un objet technique. Il y a là plus qu’une question de
vocabulaire.
Sur Wikipédia, le mot « technologie » est présent
en anglais, français, allemand, espagnol, tandis que le vocable « technique » ne
renvoie vers aucun article en anglais... Il appert que les Anglais
appellent technology ce que nous nommons doctement « technique »,
et, par un retour espiègle de la raison, nous nous mettons à appeler « technologie » ce
que les Anglais nomment technology. Il y aurait en fait deux sens
en français au mot « technologie ». Son sens premier, étymologique,
savant, pur : la science qui étudie la technique et les techniques.
La techno-logie est, au sens pur, un discours (logos). Mais un second
sens vient se nicher et envahir complètement les lieux, celui
qui est ouvertement et déclarativement une importation de
l’anglais.
Pascal Krajewski,
ingénieur Supaéro, aujourd’hui conservateur
de bibliothèque, est chargé du service gestion et
développement informatiques de la bibliothèque de
Toulouse. Doctorant en sciences de l’art sous la direction
de Michel Guérin à l’université Aix-Marseille
I, sur les articulations entre l’art et la technologie. Voir également
: http://pkhome.wordpress.com/pk/.
Religions : la bombe diasporique,
par Régis Debray
Nous publions ici une intervention faite en
2009 au séminaire « Les religions dans la mondialisation » organisé par
le CERI et le ministère des Affaires étrangères,
sous la direction de Joseph Maila et Denis Lacorne. Elle nous semble
pouvoir illustrer, à travers le champ religieux, notre problématique
: l’étude des rapports entre innovation technique et
tradition culturelle.
Chacun sait qu’entre le rejet du et le retour au, ce que nous
appelons « religieux » est pourri d’ambivalence,
et qu’à toute grille d’analyse on peut en opposer
valablement une autre de sens contraire. Mais pour stimuler la réflexion
quelques impertinences ne sont jamais de trop. Je poserai donc imprudemment,
et de façon unilatérale, quatre questions. L’Europe,
fenêtre sur l’avenir du globe ou bien oeillère
pour ne pas le voir ? Le tout-monde, comme dit Édouard Glissant,
sera-t-il créole ou bien tribal ? La condition diasporique
engendre-t-elle une dilution ou un durcissement des identités
collectives ? Notre « postmodernité » appelle-t-elle
une évanescence ou une résurrection des archaïsmes
fondateurs ?
Des caméras dans le prétoire
?, par Arnaud Lucien
Le médiologue se demande ce que leurs
outils font à ceux qui s’en servent. D’où la
question : si le principe de la publicité des débats
judiciaires devait un jour se traduire par leur médiatisation, à quel
effet retour faut-il s’attendre ?
En France, la représentation classique de l’institution
judiciaire est associée au croquis d’audience, dont
le but est de faire ressentir au lecteur l’émotion d’une
audience, le sentiment des parties, l’orgueil d’un procureur,
la vanité d’un avocat ou encore l’assoupissement
d’un magistrat. Les Gens de justice (1845-1848) et Les Avocats
et les plaideurs (1851), oeuvres magistrales de Daumier (1808-1879),
participent ainsi pleinement de la culture classique de ceux qui
portent la robe. De même que l’humour et l’impertinence
du trait de crayon, la profession ne s’est pas éteinte.
En effet, l’interdiction légale et pénalement
sanctionnée d’enregistrer et de photographier les audiences
permet aujourd’hui aux talents de perdurer dans l’exercice
autrefois cher à Toulouse-Lautrec et Édouard Manet.
Le trait s’est ensuite modernisé, épuré,
et la caricature survit avec Brétécher, Plantu, Cabu,
Desclozeaux, Pancho ou Faizant. Cette tradition irrévérencieuse
est peut-être destinée à s’éteindre.
En effet, si paradoxalement la publicité des débats
judiciaires n’autorise pas en France l’entrée
des caméras dans les prétoires, on s’interroge
aujourd’hui sur l’origine de cette prohibition. Dans
le monde de l’image, le public exige une transparence qui ne
s’accommode plus du voile de la justice. Les parties civiles
voient dans la médiatisation de l’audience une occasion
supplémentaire d’exprimer leurs revendications ou de
voir reconnaître leur qualité de victime. L’institution
judiciaire s’est toujours montrée réticente à l’entrée
des caméras dans les prétoires, sauf quand l’intérêt
historique de l’enregistrement est reconnu.
Arnaud Lucien est enseignant-chercheur à l’institut
Ingémédia, université du Sud Toulon Var.
Quatre mariages pour un enterrement,
par Daniel Bougnoux
Il arrive un âge où chacun peut
dire, comme chante Brassens, J’ai vu se marier / Toutes sortes
de gens. Et aussi enterrer. Évidentes manifestations de notre
incomplétude, ces deux institutions symboliques rythment nos
existences : nous sommes des êtres pour l’amour autant
que pour la mort. Or, forcé d’assister bon an mal an à plusieurs
manifestations de l’une et l’autre cérémonies,
j’aboutis à ce constat paradoxal : je supporte mal les
mariages, j’adore les enterrements. Pourquoi ?
Je me trouve toujours un peu déplacé dans les mariages
auxquels on m’invite, alors que je suis plus à l’aise
avec les enterrements. Cette bizarre disposition semble heurter tellement
la nature que j’ai d’abord combattu en moi l’évidence
: que diable, soyons gai, augmentons notre joie de la joie des autres,
profitons des mariages pour faire le drôle, le bon convive,
le cousin de province qui plaisante aux repas et bondit dans la danse
!… En revanche, n’endossons que passagèrement
la tristesse des enterrements, n’y accordons que l’apparence
en adoptant quelques heures un masque de gravité et de respect.
Or c’est tout le contraire : je m’ennuie aux mariages,
les enterrements m’excitent.
Daniel Bougnoux est professeur émérite à l’université Stendhal
de Grenoble.
Aragon le fidèle, par Hervé Bismuth
La question de l’engagement dans la
durée se pose en termes de fidélité, notion
paradoxale dès lors qu’elle doit s’affronter aux
variations et renversements de l’histoire. La rencontre entre
Aragon et les étudiants de Mai 68 fut, de ce point de vue, à la
fois l’occasion d’un procès pour traîtrise
et une leçon sur ce qu’est et ce qu’implique l’engagement
politique.
La question de l’engagement peut se poser en des termes somme
toute assez simples dès lors qu’il s’agit du seul
passage à l’acte : dans cette perspective, l’engagement
est une action ramassée sur elle-même, délimitant
de part et d’autre d’elle-même un « avant » et
un « après ». Une fois ce passage effectué,
l’engagement est un processus d’autant moins aisé à décrire
qu’il est alors non plus un acte, mais une posture, qui, parce
qu’elle s’inscrit dans le temps, s’enlace à une
autre posture, celle de la « fidélité ».
Cette dernière, si elle semble facile à invoquer, à observer,
est autrement complexe à décrire : loin d’être
la valeur absolue qu’elle prétend être, cette
posture n’existe en pratique que dans une relation d’objet
que la durée problématise obligatoirement : si l’acte
d’engagement à un instant précis correspond à une
adéquation entre le sujet de l’engagement, le contexte
dans lequel il s’engage, les valeurs représentées
par ce contexte et l’acte lui-même, l’écoulement
du temps met forcément en tension la fidélité à l’engagement
dans la mesure où l’histoire modifie forcément
ce sujet, ce contexte, ces valeurs. Et c’est bien pourquoi
il est certes éthiquement souhaitable mais hélas logiquement
peu probable de rester fidèle à la fois à soi-même, à son
acte d’engagement, aux valeurs auxquelles on s’est lié et
au contexte – un parti, par exemple – qui les a, à un
moment ou à un autre, illustrées. Et l’on a eu
beau jeu, en 2008, tandis que l’histoire revisitait quarante
ans plus tard Mai 68, de souligner ironiquement – parfois aussi
de façon polémique – le nomadisme politique de
certains acteurs de mai, comme si ce nomadisme ne concernait en rien
les acteurs restés des décennies plus tard dans les
mêmes partis, alors que ces partis avaient plusieurs fois changé de
ligne politique, à mesure que l’histoire fournissait
de nouvelles perspectives tout en réorganisant les anciennes.
Hervé Bismuth est maître de conférence, à l’université de
Bourgogne, centre pluridisciplinaire Textes et cultures.
Écrire sous Staline, par Jacques
Lecarme
Les illusions collectives ont un fidèle
soutien, l’intellectuel, et un grand ennemi, le romancier.
Le premier entretient l’imagerie, le second la brise. Exemples
: Boris Pasternak et Robert Littell.
Du roman traditionnel, Maurice Blanchot, il y a un demi-siècle, écrivait
que c’était un art sans avenir. Les romanciers qui ne
se résignaient pas à satisfaire ou à assouvir
les besoins du public ont alors renoncé à représenter
le monde. Leur ambition, plus haute, a été de se constituer
en univers autonomes, résolument textuels : romans spéculaires,
nouveaux romans, antiromans, parodies, palimpsestes, récits
contestant le récit jusqu’à en donner à voir
l’impossibilité. Ce fut l’autoréférence,
obligée et exaltée.
Jacques Lecarme est professeur émérite de littérature
française à l’université Paris III.
Le retour des sorciers, par Michel Leroux
Les remontées de l’irrationnel
en milieu scolaire méritent attention. Le succès d’Harry
Potter et de Dan Brown – croisement de l’entertainment
avec le business – témoigne d’un effet jogging
amusant mais parfois inquiétant.
Le néo-ésotérisme, composante du postmodernisme
dans sa variante posthumaniste, ne cesse d’étendre aujourd’hui
un empire dont les sorciers constituent l’aile marchante. Telle
est désormais leur audience qu’on ne pouvait, il y a
peu, mettre le pied dans un supermarché ou un manuel scolaire
sans trébucher sur un manche à balai ou donner de la
tête dans un potiron sous l’oeil hypnotique d’un
hibou. Autre symptôme du retour des sorciers, une dérive
culinaire surprenante chez le peuple le plus gourmand de la Terre.
Il est en effet objectivement plus difficile de mettre la main sur
la recette du clafoutis aux cerises ou de la sauce gribiche que sur
celle du potage de crapaud ou de la soupe de loup-garou. Passe encore
que Google en fournisse les ingrédients, mais il est à craindre
que ces préparations n’en viennent à supplanter,
dans les livres de lecture à l’usage des petits, les
tableaux de conjugaisons et les règles d’orthographe.
Michel Leroux est agrégé de
lettres classiques. Auteur de Trente-Six commentaires composés
rédigés, CRDP de Grenoble-Delagrave, 1993, rééd.
1998, Le Commentaire littéraire, ibid., 1997, et De l’élève à l’apprenant
et autres pamphlets, Bernard de Fallois, 2007. |
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PENSE-BÊTE (5),
par Régis DEBRAY
Technique d’abord
Quand on nous parle sentiment, répondons sans vergogne : équipement.
Notre compassion pour les « victimes innocentes »,
par exemple, en lieu et place des combattants naguère admirés
(Amnesty International chasse le maquisard de ses listes, où ne
sont admis que les prisonniers d’opinion). On aurait tort
de vouloir expliquer ce phénomène hautement moral
en termes psychologiques par une baisse de tonus dans le milieu
environnant. L’idée d’avoir à sortir
un jour de dessous la paille la mitraille et la grenade relève à nos
yeux de l’hôpital psychiatrique. Mais le déplacement
des empathies humanitaires et mémorielles, disons du déporté politique
vers le racial, pour faire vite, traduit une donnée statistique
toute nouvelle, avec effet rétrospectif. Si, au début
du xixe siècle, 10 % des victimes des guerres étaient
civiles, les « innocents » représenteraient
aujourd’hui, selon les experts, 85 ou 90 % des pertes. Les
soldats des pays riches, la technologie aidant, se protègent
de mieux en mieux, tandis que le « dommage collatéral » grandit
de jour en jour. Les Américains donnent l’exemple,
avec leurs drones télécommandés et l’assassinat
par écran interposé. Chaque frappe, au Pakistan et
en Afghanistan, fait des dizaines, voire des centaines, de morts
innocents autour de la cible visée. Les maîtres de
l’extermination à distance, via l’engin sans
pilote ou le robot à chenille, praticiens de l’hécatombe
propre, ont un haut-le-coeur face aux « trompe-la-mort terroristes » qui,
faute de moyens adéquats et d’armes idoines, en sont
encore à cette arriération samsonnienne : s’enterrer
soi-même sous les colonnes du temple. Les lâches terroristes,
ce sont eux, bien sûr. Nous, nous sommes la civilisation
même. Rien de nouveau sous le soleil : qui a la force pour
lui fait la morale pour tous. Cela au moins, ce n’est pas
générationnel ni technologique, mais animal, et donc éternel.
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SALUT
L'ARTISTE _______________________________________________
Michael Rakowitz, L’ennemi invisible
ne devrait pas exister, par Nicola Setari
L’ennemi invisible ne devrait pas exister a été présenté pour
la première fois à New York en janvier 20071. Comme
Michael Rakowitz le révèle dans une entrevue2, l’idée
de ce projet lui est venue au cours d’une visite au Mmusée
de Pergame, à Berlin, où il avait été captivé par
la porte monumentale d’Ishtar, déterrée à Bagdad
entre 1902 et 1914. Rakowitz a été particulièrement
frappé par l’histoire de cette porte qui se trouvait
sur l’ancienne voie de procession nommée Aj-Ibur-Shapu,
qui se traduit par L’ennemi invisible ne devrait pas exister.
Un lien s’établit aussitôt entre cette découverte
et le choc qu’avait provoqué en lui le pillage du Musée
national de Bagdad à la suite de l’invasion américaine
de l’Irak, en avril 2003.
Nicola Setari est critique d’art et
rédacteur en chef de la revue Janus. Sa thèse de doctorat,
De l’iconoclasme à l’iconoclash. Recherches sur
les stratégies iconoclastes contemporaines, est en cours d’adaptation
pour être publiée. |
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BONJOUR
L'ANCÊTRE __________________________________________
Le paradoxe Balzac, par Pierre Chédeville
S’attarder sur les stéréotypes
du libraire, du patron de presse, de l’homme d’affaires,
tous véreux jusqu’à la caricature, pour dessi¬ner
en creux une critique radicale de notre société,
est une peine que l’on épargnera au lecteur. La cupidité mène
le monde ? Dura lex, sed lex, et nous risquerions, à nous
attarder, de noircir cette page de pon¬cifs. Endossons donc
plutôt l’habit du médiologue, en laissant au
pla¬card celui du sociologue. On trouve en effet dans les Illusions
perdues un théorème médiologique éclairant
sur le phénomène de la diffusion des idées
et des savoirs, que l’on pourrait résumer en paraphrasant
le célèbre aphorisme de Nietzsche : en matière
de transmission, les forts sont toujours vaincus par les faibles1.
Pierre Chédeville a une double formation en management et
en littérature. Présent dans le monde de l’entreprise,
où il est spécialiste du domaine bancaire, il n’a
cependant pas cessé de questionner les grands textes pour
essayer d’éclairer de manière décalée
le monde contemporain.
Pierre Chédeville a une double formation en management et
en littérature. Présent dans le monde de l’entreprise,
où il est spécialiste du domaine bancaire, il n’a
cependant pas cessé de questionner les grands textes pour
essayer d’éclairer de manière décalée
le monde contemporain. |
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UN
OBJET ________________________________________________
Balles et ballons, modeste contribution à une ludographie
culturelle, par Robert Damien
On juge un être à sa position dans les alternatives
majeures : êtes-vous bain ou douche, rasoir ou barbe, slip
ou caleçon, baskets ou souliers, chien ou chat, maison ou
immeuble, vélo ou mobylette, voitures ou transports en commun,
etc. ? Il en est de même avec un autre dilemme névralgique
: êtes-vous un enfant de la balle ou du ballon ? De quel côté penchez-vous
et quand vous tombez, à quoi vous raccrochez-vous ? Les pieds
et les mains, la tête et les épaules, en tapant dans
les murs comme on le fait avec une balle ou en sautant par la fenêtre
en vous prenant pour un ballon volant, une balle dans la tête
du suicidé ou le ballon explosif du martyr ?
Robert Damien est professeur de philosophie à l’université de
Nanterre. |
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SYMPTÔMES _______________________________________________________ |
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Le roi Roger, par Philippe
Morier-Genoud
Lundi 18 mai 2009, 10 heures, funérailles de Roger Plan¬chon.
Incinération au Père-La¬chaise. Hommage. Cérémonie.
Une foule présente : un petit mil¬lier de personnes. Jauge
conve¬nable, aurait-il consenti ! Toute la profession réunie
ou presque, sauf la jeune génération, quelque peu sous-représentée.
Parmi les officiels, aucun des ministres ac¬tuels, mais trois
anciens resca¬pés : Catherine Tasca, Jacques Toubon, Jack
Ralite. Le défunt en avait connu plus de trente…
Philippe Morier-Genoud est acteur de
théâtre et de cinéma. Il a tra¬vaillé successivement à Grenoble
(CDNA), ensuite à Lyon au côté de Roger Planchon
(TNP), puis à l’Odéon-Théâtre
de l’Europe, où il fut acteur permanent de la troupe
de Georges Lavaudant de 1995 à 2005. Il poursuit également
une carrière au cinéma qu’il a commen¬cée
avec François Truffaut en 1981. Plateformes,
par Christian Cavaillé
Sur la terrasse où nous pre¬nons l’apéritif,
un jour de l’été 2008, un ami m’explique
en quoi consiste la principale activité de son entreprise
(Orfi), qui a pour slogan « imaginer l’espace » :
concevoir et réaliser des stands à finalité commerciale
ou culturelle qui prendront place dans un hall et sur une plate-forme
d’exposi¬tion.
Christian Cavaillé a enseigné la
philosophie de 1967 à 2003. Il a pu¬blié : Philosopher
depuis Montaigne et après Wittgenstein. Instances des essais
(L’Harmattan, « La philoso¬phie en commun »,
2008). Notre francophonie, par François-Joseph
Lapointe
Hier le latin, aujourd’hui l’américain et demain,
qui sait, l’hindi, l’arabe, le manda¬rin. Les chercheurs
de partout connaissent et appliquent ces règles des plus
claires : pour être reconnu, il faut être lu, et pour être
lu, il faut publier, publier beaucoup… en anglais SVP. D’au¬cuns
s’entendent en acceptant les critères très
stricts de publication dans Nature, Science ou PNAS. Le grand jeu
de la science se joue à l’échelle planétaire,
mais le finan¬cement de la recherche s’inscrit, quant à lui,
dans un cadre national où les règles fluctuent grande¬ment
d’un pays à l’autre. La NSF américaine,
l’ANR française ou le CRSNG canadien imposent leurs
dictats sur les appels de projets, les mécanismes d’évaluation
de la recherche, les thèmes prioritaires et les critères
d’attribution des subventions.
François-Joseph Lapointe est professeur
titulaire à l’université de Montréal.
Scribouille, par Pierre Murat
On ne le sait que trop, la civilisation
du numérique aura bientôt périmé la
presse imprimée et les lettres manuscrites, recomposé toutes
les instances de pouvoir, ruiné de vastes systèmes
de croyances, anéanti de vénérables et séculaires
institutions dont déjà il nous paraît étrange
qu’elles aient pu seulement exister ou qu’en subsistent
des nos¬talgiques. Et l’on ne s’étonne plus
de déambuler où que l’on soit, le sans-fil à l’oreille,
pour s’entrete¬nir en plein vent et sans discré¬tion
avec qui l’on désire joindre sur l’instant.
Pierre Murat est professeur de lettres en
classes préparatoires à Marseille.
Changer de ligne, changer de corps, par Daniel Faivre
Heureux caractère, celui qui, prenant un métro aventu¬rier,
se retrouve indifféremment à Église-d’Auteuil
ou à Château-Rouge. Chaque station éclaire
ce Montesquieu moderne au regard persan. Appréciant ici
le mélange bruyant et multicoloré, les élans
d’énergie, la détresse parfois, la rudesse
toujours ; là, le chic, le retenu, le feutré. Jolies
méta¬morphoses pour notre caméléon curieux
: haussmannien avenue du Président-Wilson, trader fou à la
Défense, immigré à Barbès, républicain à la
Bastille, domi¬nicain rue du Faubourg-Saint-Honoré,
patriote aux Invalides. Autant ému par L’Internationale
que par La Marseillaise. Imprévi¬sible !
Daniel Faivre est professeur de français,
longtemps responsable local du SNES et auteur d’ailleurs
d’un
essai sur ceux-ci : Ta Mère Point Com.
Internet nid de samizdats, par Antoine Perraud
Au xxe siècle, dans feu l’URSS, là où régnait
le « socialisme réel », quelques réseaux
infor¬mels firent circuler clandesti¬nement une contre-information
(ainsi que des oeuvres de l’esprit). Ce système, chacun
s’en souvient, avait pour nom samizdat (autoé¬dition
en russe, clin d’oeil aux édi¬tions d’État
: Gosizdat).
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